Journal d'une graphiste freelance

Voici mon histoire. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait totalement fortuite. D'ailleurs, pour conserver l'anonymat le plus total, j'ai décidé de m'appeler Madame X. Quoi, ça craint comme pseudo ? Euh, alors, la graphiste masquée ? Ou Cochonator, le destructor ?
Bon, si j'ai déjà du mal à me trouver un nom original et pas trop ridicule, la suite de ce blog risque d'être compliquée à gérer...

Jeudi 2 juillet 2009


Cochon part en Toscane une semaine, mais pensera bien à vous.
Hasta luego ! (pour le dialecte local, ce n'est pas encore ça, mais je compte sur l'indulgence des autochtones).
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Lundi 29 juin 2009
L'été, c'est le temps des stagiaires. Ce matin, nous en avons reçu une cargaison toute fraîche. Moi je suis freelance, je suis juste de passage dans la boîte, alors ça ne devrait pas me concerner normalement. J'insiste bien sur le "normalement", parce que bizarrement, 1h après leur arrivée, ils étaient tous derrière moi, comme une famille de canards, à caqueter et à lever le cou plus haut que les autres pour regarder mon écran.
- Qu'est-ce qu'elle fait, qu'est-ce que tu vois ? Elle a appuyé sur quel bouton ?
- Elle regarde ses mails. Et maintenant elle va sur Facebook.
- Haha ! Mate sa photo de profil.
- Pousse-toi, j'vois rien. Priorité aux plus petits !
- Mais casse-toi, tu fais au moins 1m80.

Des bras partout, des milliers d'yeux, des râles et des gloussements, la bête à 100 têtes me faisait froid dans le dos.
Et forcément, impossible de me concentrer sur mon jeu de mafia.

- C'est pas bientôt fini, ce cirque ? Installez-vous devant vos ordis et faites semblant de travailler, comme tout le monde.
- Mais on n'a pas de machines. On ne devrait les recevoir que la semaine prochaine...
- C'est une blague ? Qu'est-ce que vous allez faire pendant une semaine ?
- Justement, le boss a dit que tu allais nous former.
- Bordel ! Je suis graphiste, pas nounou. Et puis je suis nulle pour former les gens. La preuve !

Je leur ai montré du doigt ma stagiaire attitrée qui, avachie sur son siège, examinait son ventre minutieusement.
- Betty, je peux savoir ce que tu fais ?
- Je crois que j'ai un gros problème de santé. Je n'arrive pas à bronzer du nombril...
- Effectivement, ça mérite au moins un arrêt maladie. Dis-moi, tu en es où de ton travail ?
- Hein ? Quel travail ?
- Tu sais, celui que je t'ai donné il y a 6 mois, lorsque j'avais encore des illusions sur tes capacités intellectuelles et ta motivation.
- Ahhh... Ça me dit vaguement quelque chose... Ça avait un rapport avec internet ?
- Oui. Dans une agence qui crée des sites internet, ça me paraît logique, non ?

Et me tournant vers le troupeau de stagiaires :
- Vous voyez, comme je vous le disais, je ne suis pas la personne adéquate pour vous former. Je n'ai ni autorité, ni pédagogie.
- J'entends rien. Qu'est-ce qu'elle dit ? a demandé un type tout au fond.
- Elle dit qu'elle est nulle ! A répondu une jeune fille à peine pubère.
- Oulà ! Je n'ai jamais dit que j'étais nulle ! Vous avez devant vous la meilleure graphiste de l'univers.
- Qu'est-ce qu'elle dit ? a redemandé le type tout au fond.
- Oh, rien. Elle se la pète grave ! A répondu la sale garce à peine pubère.
- Hé, un peu de respect, les beginners players. Et d'abord c'est quoi ces accoutrements ? Vous vous croyez à la plage ? Et ces dos voûtés ! On se tient droit quand on me parle ! Qui m'a fichu des bleubites pareils ! C'est pas une colonie de vacances ici. Maintenant, plus un bruit ! Pendant que je réponds à mes mails, j'aimerais entendre les mouches voler.
- Mais...
- SILENCE !!!

Après la pause déjeuner, le boss est venu me parler.
- Tu leur as fait quoi aux stagiaires ? Ils ne veulent absolument pas travailler avec toi.
- C'est parce qu'ils ne veulent pas travailler tout court. Je les connais les petits jeunes, tous des tire-au-flanc.
- C'est un vrai problème. A qui je vais les confier ?
- Je ne sais pas... à Betty peut-être ? Elle est là depuis 6 mois, elle a suffisamment d'expérience maintenant.
- C'est une idée...

J'ai jeté un coup d'oeil sur Betty. Elle était en train de se coller un sparadrap sur le nombril. Une nouvelle vie de chef l'attendait. Et l'expérience promettait d'être très intéressante...
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Lundi 22 juin 2009
Betty, les doigts de pieds en éventail, comparait les différentes couleurs de vernis à ongles. Ernesto tripotait sa cravate de chef de projets avec impatience, et moi je faisais mine d'être absorbée par mon travail.

- Alors Cochon, qu'est-ce que tu penses de mon idée ?
- Pourrie...
- J'étais sûr que tu allais râler, mais tu es la seule responsable. C'est toi qui refuse de m'accompagner à la prez.
- Je t'ai déjà dit que j'étais nulle pour défendre mes propres maquettes. Ca, c'est ton boulot de commercial !
- Oui, mais le client a envie de rencontrer la graphiste qui s'occupe de son site. Alors, si tu ne viens pas, Betty te remplacera.
- En fait tu veux qu'elle usurpe mon identité !

Betty a levé la tête de ses doigts de pieds.
- Que je quoi ?
- Oui, Betty prendra ta place. Après tout, elle présente bien, elle fera tout à fait l'affaire.
- Mais Betty n'est que stagiaire. Plus précisément, elle occupe physiquement la place de stagiaire, mais avant son arrivée il y avait un ficus au même endroit, et concrètement au niveau de la quantité de travail effectué, le ficus valait largement Betty. Et accessoirement il coûtait moins cher en tickets resto.
- Oui, mais moi tu n'as pas besoin de m'arroser ! A rétorqué Betty en rebouchant les flacons de vernis sur le bureau.
- Non c'est vrai, j'ai juste à supporter la vue de tes orteils à 2 cm de mon clavier.
- Les filles, pas la peine de vous engueuler. Ma décision est prise. Betty tu m'accompagneras au rendez-vous.
- Nan Ernesto, ne rêve pas ! Moi j'ai déjà un mec, il est hors de question que j'accepte un rendez-vous avec toi.
- Mais je n'ai jamais parlé d'une soirée en amoureux !
- Et moi j'hallucine ! Tu vois bien qu'elle ne pourra pas faire illusion. En plus, elle n'y connaît rien en web ! Elle n'a même jamais touché une souris.
- Oh si, les souris, j'aime bien. C'est les rats qui me font peur.
- Tu vois ! Elle dira n'importe quoi devant le client.
- Elle ne parlera pas ! Elle sera juste là, assise dans son petit tailleur sexy et...
- Et tu ne veux pas qu'elle assiste à la réunion en lingerie coquine, non plus ? C'est de la prostitution, tu devrais avoir honte !
- Pourquoi ne pas profiter de ses atouts physiques, puisqu'apparemment le reste est limité.
- Non, mais t'inquiète pas pour moi, Cochon. J'ai dit à Ernesto que je n'irais nulle part avec lui. En plus j'embrasse pas les mecs qui ont mauvaise haleine. Même s'ils payent très cher... Quoique, je veux bien à partir d'une certaine somme...
- Betty, il n'est pas question que tu embrasses qui que ce soit !
- Ah... Mais, je ne suis pas totalement contre, ça dépend juste si c'est bien payé.
- On court à la catastrophe, là. Ernesto, si tu ne veux pas perdre ton client, abandonne cette idée.
- Et si on l'empêchait de parler pendant le rendez-vous !
- C'est vrai, tu pourrais la baillonner ! Ça passera tout à fait inaperçu !
- Pfff... Vous savez, j'aime pas trop être baillonnée... La dernière fois que mon mec m'a attachée, il...
- Pitié, Betty ! Tais-toi !
- Bon, tu as raison Cochon, ça ne collera peut-être pas.
- Peut-être pas ? C'est un euphémisme ! Enfin, il était temps que tu reviennes à la raison.
- C'est vrai... Mais dis-moi, qu'est-ce que tu penses de la nouvelle petite stagiaire du 4ème ? Tu crois qu'elle ferait l'affaire ?

Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Vendredi 5 juin 2009
Cochon m'avait contacté à l'époque désormais lointaine et reculée où elle écrivait encore sur son blog. Elle me respectait en tant que garant des lettres, connoisseur du langage, taste-mot et grand échevin grammairien.

Elle était là, petite, menue, délicate, timide, impressionnée par les colonnades de livres montant jusqu'au plafond, renforçant l'impression que mon bureau n'était construit que de briques de papier reliées de cuir. Elle avait rassemblé son courage et s'était lancée :

- Maître, m'avait-elle apostrophé, j'ai besoin de vos lumières.
- C'est 150 euros, payable d'avance, avais-je répondu.
- Bon sang Deudeu, tu vas pas me faire payer, moi, ton amie !
- C'est la crise, Cochon. Qui sait de quoi demain sera fait ?
- Mais pour moi aussi c'est la crise, rends-toi compte ! Si ça continue je vais devoir faire les trois huit sur des pubs de yaourts synthétiques, je n'aurais plus le temps d'écrire pour mon blog !
- Tant mieux, comme ça tu pourras me payer mes honoraires.
- Sérieux, t'abuses...
- On va dire que je te fais crédit encore ce coup-ci. Aboule ta question, petit scarabée.
- Comment tu dirais pour quelqu'un qui tousse ?
- Et bien, il pourrait expectorer, cracher ses poumons, son souffle pourrait évoquer le bruit du pot d'échappement rouillé d'une vieille Hispano-Suiza Nieuport-Delage NiD-29 qu'on aurait laissé trop longtemps exposée à l'humidité et la froidure d'un hiver trop doux, ou encore les chuintements épuisés d'un marteau pneumatique dans une usine sidérurgique dont les ouvriers savent qu'elle va être délocalisée...
- Ah ouais. Mais tu dirais plutôt Keuf keuf ou kof kof ?
- Comment ça ?
- Ben c'est pour un dialogue, un de mes personnages tousse, alors... hem... je voulais savoir... Kof kof ?
- …
- Touf touf ?
- Ta question pourrait paraître vulgaire, Cochon, à tout autre que moi. Mais j'ai perçu la détresse dans ton regard, et...
- Tu fais comment ? J'veux dire on est sur MSN, tu fais comment pour percevoir la détresse dans mon regard, puisque tu ne vois pas mes yeux ?
- ... Cochon, si tu m'interromps tout le temps, je vais te laisser dans la mouise avec ta question, et tu seras la risée du jury Goncourt, et tu n'auras plus que tes yeux, que je ne vois pas, hein, pour pleurer.
- Ok, ok, t'énerve pas...
- Donc. Sache que le français est une langue riche et que son vocabulaire est précis : chaque synonyme ne reflète jamais tout à fait le sens de son alter-ego, et possède ses qualités propres. Cela permet un niveau de définition que le monde non-francophone nous envie, voire ignore, à part peut-être les Chinois, qui trichent en jouant avec les quarts de ton des prononciations de leurs syllabes. Mais on sait les complications que cela engendre : on a en a vu qui se retrouvait à commander un vagin frais en voulant une bière... Dans la langue de Molière, cette spécialisation du verbe culmine dans l'emploi des onomatopées, dont les règles sont bien plus consignées que l'on ne croit. L'Académie Française, cette institution unique au monde, aussi bien par ses missions que son fonctionnement, s'est penchée sur la question, et la ré-étudie périodiquement pour refléter les évolutions du parler, et faire enfin accéder le roman graphique, ou bande-dessinée, ou encore 9ème art, au rang de littérature auquel elle peut légitimement aspirer. Oh, t'es encore là ?
- Oui, oui, 2s.

Je fulminais derrière mon écran. Manifestement Cochon n'en carrait pas large de l'usage orthonormé des onomatopées. Je répétais plusieurs fois à voix haute l'expression "usage orthonormé des onomatopées", histoire de travailler mon articulation et de faire travailler mes zygomatiques, une méthode que je revendrais plus tard à Femme Jolie de 20 ans, en la nommant : "Je chasse les rides en me cultivant" (Note plus tard : trouver un titre plus accrocheur). Ma fenêtre de discussion instantanée m'affichait enfin que "Cochon est en train d'écrire"...

- J'ai perdu à Tetris.
- Mhm.
- Alors, qu'est-ce que tu penses de "blorf blorf" ?
- Ça dépend, c'est un zombie noyé qui tousse ?
- Non. Keuf keuf ?
- C'est le cri d'alerte quand la maréchaussée arrive dans la cité des 4'000 à La Courneuve.
- Colle pas avec mon histoire. Teuf teuf ?
- Nan, je t'ai déjà dit que c'était le bruit du pot d'échappement d'un tacot des premiers âges de l'automobile, et par synecdoque, le tacot lui-même.
- Par sinéquoi ? Non laisse tomber. Tof Tof, alors ?
- Si tu veux attirer l'attention de mon cousin Christophe, ça peut marcher.
- Kof Kof, peut-être ?
- Ouais, c'est déjà mieux, mais bon, faut se méfier, maintenant que Jean-Pierre Coffe fait de la pub pour Leader Price, on pourrait te taxer de tout et n'importe quoi.
- J'ai clairement pas envie de ça. Il reste quoi, alors ?
- *tousse tousse*
- ?
- Pour exprimer que ton personnage tousse, tu écris, avec les étoiles, *tousse tousse*.

Un long blanc informatique a suivi cette révélation. Cochon était manifestement illuminée par le savoir, frappée de plein fouet par la connaissance, la vraie, celle dont l'évidence balaie tout sur son passage. Ses derniers mots traduisaient l'émotion bouleversée de gratitude.

- Ouais. Bon. Ben, merci de ton aide. Et du temps passé, hein. Surtout.

Quelle profonde satisfaction de répandre la culture autour de soi !



Texte écrit par Deudeu (Merci copaing !)


Oui, bon, je fais bosser mes amis au lieu d'écrire moi-même, mais ce n'est pas de l'exploitation, hein ! Il a été bien traité, nourri et logé convenablement. En plus il ne peut pas se plaindre : la cave est saine et on a tué quasiment tous les cafards.

Cochon, maîtresse des lieux


Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires - Recommander
Mercredi 27 mai 2009
- Mais putain, arrêtez la clim ! On crève de froid ici !
- Cochon, tu sais bien que ça ne sert à rien de crier. Ils s’en foutent complètement… Il vaut mieux que tu gardes tes forces.
- J’ai plus de force ! Il doit faire -10 degrés, je suis frigorifiée !
- Dehors la température paraît agréable, si seulement les fenêtres n’étaient pas verrouillées…
- Depuis quand elles sont verrouillées ?
- Depuis le dernier suicide par défenestration. Tu te rappelles, le graphiste au pénis congelé pour avoir passé trop de temps aux toilettes…
- Ah oui ! Pourtant on l’avait prévenu que c’était dangereux d’y rester plus de 20 secondes.
- Et si pour couper l’air froid, on bouchait les conduits de la clim avec nos vêtements ?
- Avec les tiens, si tu veux. Moi je n’ai pas le courage d’enlever une couche.
- Et avec les fringues des cadavres ?
- Quels cadavres ? Les chefs de projets ? Trop tard. Hier on a fait un feu avec.
- Bon, je sacrifie ma chemise, je vais tenter le coup.

"SUJET N°52, NE VOUS APPROCHEZ PAS DU CONDUIT DE LA CLIMATISATION. VEUILLEZ REGAGNER VOTRE BUREAU. "


- Merde, il doit y avoir des caméras.
- Ca ne m’étonne pas. J’ai réfléchi, on ne doit pas être dans une vraie agence de pub, mais dans un laboratoire d’expérimentations médicales qui appartiendrait à une grosse firme pharmaceutique. En fait, ils testent des microbes sur nous.
- Ce qui expliquerait que le sujet n°8 soit mort du typhus.
- Et que les autres aient chopé la lèpre, la coqueluche, la typhoïde ou la grippe A.
- Tu crois qu’ils cherchent de nouveaux vaccins ?
- Mmm… J’ai plutôt l’impression qu’ils créent de nouvelles maladies.
- Alors nous sommes des cobayes, rien que des cobayes…
- On a toujours un accès internet ?
- Pourquoi ? Tu veux écrire un article sur ton blog ? Qu’est-ce que tu vas dire : "On me retient prisonnière dans une fausse agence de pub, avec la clim à fond pour que j’attrape la grippe" ? Personne ne te croira.
- On verra bien…

"SUJET N°108, L'ACCÈS À CERTAINS SITES SENSIBLES A ÉTÉ BLOQUÉ. VEUILLEZ REPRENDRE VOTRE TRAVAIL."


- Site sensible ? Mon blog ? Faut pas déconner non plus, ce n’est pas un site porno pour terroristes d’Al Quaïda avec des photos de la nana de Sarkozy à poil.

"LA TEMPÉRATURE DE LA PIÈCE VA BAISSER DE 5°."

- Mais pourquoi ? Parce que j’ai parlé de Sarkozy ?
- Ta gueule, Cochon ! Maintenant on obéit aux ordres, j’ai pas envie de crever ici.
- Désolée… Kof Kof…
- Mais tu tousses !
- Oui, j’ai dû attraper un rhume. Rien de grave.
- T’as la grippe A ou la variole ! C’est sûr ! Ne t’approche pas de moi.
- Si on se réchauffait tous les deux, on aurait moins froid.
- Surtout pas ! Je te préviens, au moindre mouvement de ta part, je serais obligé de t’achever.
- N°52, je croyais que nous étions amis !
- Tu parles, tu ne connais même pas mon prénom !
- Certes… Mais mon affection est sincère.
- A partir de maintenant, c’est chacun pour soi.
- En fait, je crois qu'on participe à une étude sociologique… Peut-être qu’on passe en direct dans une émission de téléréalité avec un concept vachement original : "A la fin, il n’en restera qu’un".
- Et ce sera moi !
- Non, N°52, repose ce clavier ! REPOSE CE CLAVIER !!!
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Jeudi 21 mai 2009
F. était fin prête pour affronter la plage. Elle avait perdu tous ses kilos superflus et il ne restait plus que l'essentiel : les os.
Elle avait essayé tous les régimes hyper-protéiné, dissocié, hypocalorique, mayo, Montignac, Dukan, Weight Watchers et j’en passe. Puis le miracle était arrivé, celui qui lui ouvrait les portes de la reconnaissance sociale. Enfin, sans honte elle pourrait exhiber son squelette en petit bikini.
 
- Alors, comment tu me trouves sans tous mes bourrelets ?
- Hé bien franchement, je suis étonnée. Je ne pensais pas qu’on pouvait survivre après une liposuccion de 90% du corps…
- Oh non, je n’ai pas fait de liposuccion. Ma méthode pour maigrir est totalement naturelle. Sans pilules, sans contraintes, sans diète insupportable. Tu veux connaître mon secret ? Regarde.
 
F. a sorti un prospectus de son sac :

Méthode révolutionnaire du docteur Paligari
Adoptez un ver solitaire
et perdez 20 kilos en 1 semaine
 
(200€ seulement le steack garni de larves)

 
- C’est une blague ?
- Ben pourquoi ? Ca marche bien !
- Tu veux dire que tu as un ver solitaire dans ton estomac ?
- Mais non…
- Je préfère…
- Dans mes intestins !
- T'es complètement tarée ! Il faut absolument t’en débarrasser ! Un bon vermifuge et…
- Quoi ? Tu veux que je tue Dédé ?
- En plus, tu lui as donné un nom ?
- Ben oui, puisque je l’ai adopté.
- Mais c’est un ténia, pas un bébé !
- C’est quoi cette discrimination. Dédé est un être d’une grande sensibilité, quand je lui parle, il me répond.
- T’es sérieuse, là ? Ne me dis pas qu’il a déjà commencé à te sucer le cerveau.
- Je ne vois pas ce qui te dérange. Le ver solitaire, c’est un régime comme un autre. Ce n’est pas plus condamnable que de manger des blancs de poulets matin midi et soir.
- Sauf qu’on n’a jamais vu un blanc de poulet atteindre 10 mètres de long et phagocyter un estomac.
- Un intestin grêle. Pfff… T’y connais vraiment rien en ténia.

F. a remis le prospectus dans son sac et s’est soudainement pliée en deux dans une grimace de douleur.
- Tu as mal ? Qu’est-ce que qu’y se passe ? Tu veux que j’appelle un médecin ?
- Non non… Il remue juste un peu. Je vais y aller. Il a faim, c'est l'heure de manger.

F. m'a fait la bise et elle est repartie en se tordant le bide. Je l'entendais de loin marmonner la tête penchée en direction de son ventre.
- Elle n'a rien compris, tu sais. Faut pas que tu te vexes, elle est juste jalouse. Hein, mon Dédé !


Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Mercredi 13 mai 2009
9h.
- A partir d'aujourd'hui vous travaillerez, mangerez et dormirez ici. Nous n'avons plus que 3 jours avant la mise en ligne du site alors il va falloir mettre le paquet pour terminer tous les schémas. Allez, on se motive les gars ! ON VA TOUT DECHIRER !!!
- OUI CHEF !!!!
- Cochon, je ne t'entends pas crier avec les autres.
- Mouais... On va tout déchirer...
- Ca manque d'enthousiasme.
- Dessiner un intestin grêle ne m'a jamais vraiment passionnée.
- Pourtant je t'ai donné le travail le plus intéressant. Peggy Sue se tape le pancréas alors qu'il n'y a rien de plus planplan.
- Si ça peut la rendre heureuse, je veux bien échanger mon intestin grêle contre son pancréas.
- Mais non, ça serait vraiment dommage pour toi, un intestin grêle c'est tellement sensuel. Ses courbes douces, ses arrondis parfaits, comme une larve affectueuse qui ne demande qu'à être caressée.
- Moi je vois juste un boudin visqueux qui s'entortille sur lui-même.
- Tu manques de poésie, c'est ça le problème.

12h 20
Peggy Sue a terminé son dessin de pancréas, de poumon, de vésicule biliaire, de côlon, de foie et j'en passe. Toute l'équipe se pâme devant son travail.

- Quel sens de la perspective, quelle maîtrise du tracé !
- C'est magnifique ! Tu as réussi à donner une intensité dramatique au duodénum.
- On dirait même que le coeur bat. Impressionnant ! Tu viens voir ça Cochon ? C'est du grand art !
- Et gnagnagna et gnagnagna....
- Qu'est-ce que tu dis ?
- Je dis que ça doit être extra ! Mais que j'ai mon intestin grêle à terminer.
- Plus la peine. Je l'ai aussi dessiné ! M'a lancé Peggy Sue de sa voix énervante de 1ère de la classe.
- Merci, c'est vraiment gentil de ta part...
- Je m'ennuyais. Comme j'avais déjà fini tous les organes, je me suis dit que j'allais t'aider.
- Que t'allais m'humilier, oui...
- Mais ton intestin grêle est sûrement plus abouti que le mien, vu que ça fait 5h que tu travailles dessus. Tu peux nous le montrer ?
- Euh, il n'est pas tout à fait au point.
- Je suis sûre que si.
- Non, ne venez pas, je n'ai pas terminé !
- Oh ! Mais c'est... un intestin d'alien en phase de digestion, qui est attaqué par des bactéries mangeuses de chair ?
- Hinhin ! Très drôle... Bon, c'est gentil de vous intéresser à mon travail, mais j'ai besoin de me concentrer sur mon dessin.
- Écoute Cochon, Peggy Sue en a déjà fait un vachement bien. On va le garder et toi tu vas passer à autre chose plus en accord avec tes capacités.
- Mais chef, il faut me laisser une chance !
- On n'a plus le temps là, désolé. Tu vas aider Peggy Sue à avancer sur la suite.

17h
- Cochon, tu peux m'apporter un autre café ?
- Bien sûr, madame. Avec ou sans sucre, madame ? Désirez-vous des petits gâteaux pour accompagner le café ? Ou peut-être un massage des cervicales, madame ?
- Arrête de m'appeler madame. Qu'est-ce que tu peux être susceptible ! Une graphiste qui ne sait même pas dessiner des intestins grêles devrait être heureuse d'être mon assistante.
- Oui madame.
- Juste un sucre dans le café, merci !





Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Jeudi 7 mai 2009
"Salut l'homme solitaire!!!!!
Peut lave la lettre a toi se montrera etrange, en geignant voyait ton profil et il se m'est montre tres interessant. Je tres attentivement l'ai etudie et s'est decidee de t'ecrire. Je veux t'avouer que non quand plus tot ne faisait pas connaissance selon Internet puisque je passe tres peu du temps dans Internet et pour l'element non familier en froissant cela entierement. Je ne peux pas trouver il y a bien longtemps a moi-meme le vrai homme et l'ami et comme j'ai compris que tu es entierement solitaire aussi. J'espere beaucoup que que tu te m'interesseras aussi et pourra me repondre sur lave la lettre.

Puisque je passe tres peu le temps dans Internet moi veut te demander pour que tu m'aies ecrit sur l'adresse et maintenant je veux donner l'information necessaire pour cela que tu as pu m'ecrire:  katerina2061@xxx.ru 

Avec l'impatience j'attends ta lettre Ekaterina."


D'après ce que je comprends de ce mail reçu ce matin, Katerina me prend pour un homme. Moi ! Cochon, un homme !
Mais où va le monde, franchement, où va le monde ?
Je note quand même que les traducteurs automatiques peuvent créer des phrases d'une poésie surprenante. "Peut lave la lettre a toi se montrera etrange". On dirait du Mallarmé.


Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Vendredi 1 mai 2009

J'aime beaucoup cette photo. Sûrement parce qu'ils ont tous de bonnes tronches de psychopathes (surtout le type qui rit derrière).







Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Jeudi 23 avril 2009
Je fais un énorme effort sur moi-même pour écrire ces quelques phrases. Ne m'en demandez pas plus, je suis raide morte, lessivée, pulvérisée, totalement anéantie par mes horaires harassants. Puis c'est un nouveau boulot dans une boîte où je ne connais personne et où personne ne me connaît (je sais, ça semble incroyable, mais quand je dis que je m'appelle Cochon, il n'y a aucune réaction, je n'ai même pas signé d'autographe jusqu'à présent. C'est vraiment très décevant...).
Bref, je vais me doper de vitamines et revenir très bientôt. Bonne nuit à tous !


Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander

Des Hamsters et des hommes
Recommandé par des Influenceurs

undefined
Vous pouvez encourager les jeunes auteurs (enfin moi, en l'occurrence) en achetant ma nouvelle sur Filaplomb.fr et en faisant de la pub autour de vous !


Add to Technorati Favorites
Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs website statistics

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus