Dans mon placard, il fait très noir

Publié le par Le cochon dingue

Je m'ennuyais ferme dans mon placard. A défaut de me trouver une place à la créa, ils m'avaient exilée au sous-sol dans une pièce avec 2 Mac. Au début les commerciaux venaient me voir pour me donner du boulot, mais petit à petit, leurs visites se sont espacées et au bout d'un mois tout le monde m'avait oubliée. Mais je restais là à regarder par le soupirail les pieds des passants dans la rue. Je n'avais pas à me plaindre, après tout j'étais très bien payée en tant que freelance, mais tout ce temps à ne rien faire, c'était énervant. Alors, je comptais mes sous, puisque c'était ma seule consolation: une heure à regarder les mouches, 50 euros ; une demie-heure à faire des abdos-fessiers dans les toilettes, 25 euros ; 5 heures à jouer au morpion, 250 euros. Le temps passait ainsi avec douceur.
Mais cet ennui ...
Personne ne venait jamais, à part les femmes de ménage qui me regardaient avec cette air de sincère pitié. Fallait-il que j'ai commis un crime affreux pour qu'on m'abandonne ainsi ? Mais non pourtant, la direction était satisfaite de mon non-travail et ils renouvelaient mon contrat chaque semaine.
Un jour, alors que je m'amusais à imiter divers croassements et cris de bêtes, quelqu'un est entré dans mon bureau. C'était un stagiaire, plutôt grand, brun et heureux d'avoir été choisi comme esclave consentant dans cette agence prestigieuse et internationale.
- Bonjour je m'appelle Puck !
- Moi c'est Cochon.
Il était là, mon sauveur, à la conversation inintéressante et aux tics désagréables. Il était là et il avait le mérite d'être vivant et même d'être doué de parole ! On discutait de voitures, de motos, de trucs super barbants, mais bon, c'était toujours mieux que ma comptabilité journalière.
Puck trépignait sur sa chaise, il avait envie d'action. On avait parlé de sexe et de positions cochonnes mais ça ne lui suffisait plus. Il était ambitieux, il ne se contentait pas du petit placard au sous-sol, lui voyait les choses en grand. Il voulait monter les échelons, atteindre l'Everest du pôle créa : le Rez-de-chaussée.
- Mais pourquoi tu veux partir ? On n'est pas bien là, tous les deux ?
- Je m'ennuie et j'aimerais bien rencontrer les autres.
L'herbe est toujours plus verte à l'étage supérieur et Puck a gravi les marches au bout de quelques mois.
Et moi j'ai fait mes bagages pour d'autres contrats.
Il y a quelques semaines, l'agence m'a proposé de revenir bosser une journée sur des bannières pub.
En arrivant, j'ai reconnu Puck de loin, il parlait avec des collègues. Je l'ai tiré par la manche.
- Cochon, c'est toi !!! Je suis super content de te voir ! C'est génial ! Je comptais justement t'appeler. Il faut qu'on mange ensemble !
- D'accord ! Je suis à la bourre, on se voit tout à l'heure !
Plus tard il est passé à mon bureau "Ah Cochon ! Si tu savais comme tu m'as manquée ! Il faut qu'on se fasse un dej tous les deux. On a des tonnes de trucs à se raconter ! Au fait, j'ai des petits problèmes de fric, est ce que tu pourrais me passer du boulot en freelance ?
- Pourquoi pas. En tout cas, je penserais à toi si j'ai des contrats en rab.
- Merci Cochon ! Je suis tellement content, tellement heureux de te voir ! On se fait une bouffe, hein ? Tu m'as tellement manquée !
- Pas de problème, on peut manger ensemble ce midi si tu veux !
- D'accord, t'es trop géniale, t'es super belle aujourd'hui, ma petite freelance préférée.

Ah, mon pote Puck ! Je ne savais pas qu'il m'aimait autant...
A midi je suis passée le chercher, mais je suis restée figée sur place. Il était attablé avec ses potes et il ne m'a même pas regardée, il mangeait un sandwich l'air de rien. Je suis repartie sans rien dire.
Plus tard, il est venu à moi avec un large sourire.
- Cochon, ça fait tellement du bien de te revoir. Ma choupinette ! Viens que je te serre dans mes bras. Bon, et tu ne m'oublies pas, hein ? J'ai vraiment besoin de tunes, t'es super ! J't'adore !
Il m'a glissé son numéro téléphone et il s'est barré avec ses collègues fumer une clope.
J'a froissé son papier ridicule, il pouvait toujours courir pour que je lui refile quoique ce soit. J'étais mortifiée par ma propre bêtise.
Bon, c'est pas comme s'il était mon meilleur ami et qu'il m'avait trahie par opportunisme, mais putain, c'était mon compagnon de cellule quand même!
Tu quoque mi Pucki, tu m'as poignardée dans le dos.

Publié dans Cochon en agence

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catherine 04/06/2007 23:48

Oh miracle, c'est fire fox la solution ! Bon, je m'y met de ce pas et je t'envoie mon adresse dès que j'en ai une !A bientôt !

Le cochon dingue 30/05/2007 19:26

Au lieu d'essayer de convaincre les internautes d'entrer dans mon club "SOS graphistes en détresse" , j'aurais dû créer le "groupuscule des lecteurs de Charlotte Simmons", j'aurais sûrement eu plus de succès !!!Ce livre doit cartonner pour qu'on l'ait tous lu. Je pense que la couv assez graphique y a fait beaucoup.Pour revenir aux histoires d'overblog et de mac, moi j'utilise firefox et je n'ai pas de problème particulier. Sinon, achète un PC ;-)

catherine moreau 30/05/2007 18:55

salut madame X ! Ca alors, ça me fait bien marrer vos histoires pour les avoir moi-même vécues en agence... C'est d'ailleurs pour cela que je bosse à la maison maintenant !
Je me demandais, toi qui est équipée d'un mac, comment fais-tu pour faire ton blog à partir d'over blog ? Moi, j'ai essayé et je n'y arrive pas... Peut-être que c'est safari qui n'est pas indiqué pour ce genre de manip ? Toi qui a vaincu ces difficultés, peux-tu me dire comment tu as fait ?!? Mille merci.
PS : moi aussi j'ai lu "Moi, Charlotte Simmons" : édifiant.

Le cochon dingue 29/05/2007 18:05

Les grands esprits se rencontrent : moi aussi je suis en train de lire ce bouquin ! Je suppose qu'il y a des hypocrites partout, pas forcément concentrés dans la pub. Par contre, c'est vrai que je croise beaucoup d'opportunistes, de gars qui en veulent ou qui se la pètent, dans ce milieu. Des mecs qui se croient les rois de la comm et qui te regardent de haut. Mais je ne raconte que ce qui me choque, c'est là où mon blog n'est pas vraiment la représentation exacte de ce que je vois. Mais bon, le but n'est pas non plus d'écrire "la petite maison dans la prairie" ou "Cochon au pays de Babar".

Flo Py 29/05/2007 16:53

Je l'ai lu aussi, ce bouquin. Ca faisait à peine une semaine que je l'avais terminé (c'est-à-dire que je n'étais pas encore remise de la drôle d'impression qu'il m'avait laissée) quand il y a eu la tuerie dans une université américaine dont j'ai oublié le nom. Du coup, le livre m'a semblé plus cynique et fataliste encore !Enfin, c'était juste pour ajouter un truc par rapport au commentaire de Beb, parce que sinon, votre post ne m'a pas spécialement fait penser à ce bouquin ;-)En vous lisant, je me suis seulement fait la réflexion que les travers humains qu'on rencontre partout et dans toutes les boîtes, ont l'air quand même vaguement concentrés dans le milieu de la publicité (sourire)... Bises et bon courage !