La grande purge

Publié le par Le cochon dingue

La semaine dernière,  dans les couloirs de la Firme, mes collègues s'arrêtaient devant moi pour me féliciter :
- Salut Cochon ! Tu es encore là ! Tu as résisté à la grande purge.
- Quelle purge ?
- La purge des freelances ! La Firme n'a plus les moyens de prendre autant de freelances alors il y a eu une éradication quasi totale. Mais apparemment ça ne t'a pas touchée.
- Euh non, je n'étais pas au courant, j'étais en vacances... Effectivement Mimi m'a demandé de baisser mes tarifs, mais j'ai refusé...

Je n'avais pas remarqué de  disparition anormale de freelances, vu qu'au mois d'août une réduction des effectifs pouvait se justifier. Et mes 2 copains freelances étaient toujours à leur poste, comme si de rien n'était. Il faut dire que Greta et mon pote le Graphiste Fou doivent être les freelances les moins bien payés de la terre, alors ils sont sûrs de garder leur job. Par contre moi, je suis sur la sellette...
Malgré toute l'estime que je leur porte, ce sont des personnes comme elles qui foutent en l'air toute la profession.
J'avais dit que j'en parlerais au Graphiste Fou et c'est ce que j'ai fait.

- Ca te dirait qu'on mange ensemble à midi ?
- Volontiers Cochon !

Et hop ! Direction l'Hippopotamus.
Le Graphiste Fou semblait très fatigué, il avait fait encore des horaires à la con.

- J'ai bossé toute la nuit, me dit-il la tête en vrac, le nez dans son menu.
- Tu travailles trop. Tu ne t'es pas pris de vacances ?
- Les vacances coûtent trop cher, je ne peux pas me le permettre...
- Peut-être qu'en augmentant tes tarifs, tu pourrais prendre plus de jours de repos.
- Oh, tu sais, je n'ai vraiment pas à me plaindre, par mois je gagne xxx euros.
- C'est bien ce que je disais : des clopinettes... Mais c'est sûr que par rapport au salaire moyen d'un éthiopien, on peut considérer que tu es un homme riche !
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- Oh rien, rien... C'est juste qu'en travaillant 2 fois moins, tu pourrais gagner 4 fois plus, si tu respectais les tarifs normaux de notre profession.
- Parce que toi, ça t'arrive parfois de gagner plus que moi ?
Avec un sourire triste et condescendant, j'ai porté le coup fatal.
- Bien sûr ! C'est ce que je gagne en 3 jours, lui-ai répondu avec un air faussement contrit. Je te dis ça pour ton bien. Tu te fais exploiter. On a peur de la Chine et des délocalisations, mais t'es une usine de Chinois à toi tout seul ! Tu travailles jour et nuit pour 3 cacahuètes !

Le Graphiste Fou ne parlait plus. Je n'avais pas voulu lui faire de mal mais il fallait remettre les pendules à l'heure.
- Au moins comme ça, j'aurais toujours du travail, me dit-il comme pour se rassurer.
- Tu es quelqu'un de compétent, tu n'as pas besoin de te brader !
- Tu as raison...

Ben oui, je sais bien que j'ai raison. Mais je n'étais pas particulièrement fière de moi, j'aurais pu dire que j'avais fait tout mon speech dans son intérêt, même dans l'intérêt de toute la profession, mais je savais bien que je l'avais surtout fait pour moi, pour qu'on soit tous au même salaire et jugés en fonction de nos compétences et pas de nos tarifs.
Mais il avait l'air si paumé, sans personne pour lui donner un coup de main, marginal qui n'a jamais eu de pot dans la vie, que j'avais envie de faire quelque chose pour lui, sans savoir vraiment ce qui pourrait l'aider.

- Bon, on y va ? J'ai encore plein de boulot. Je sens que je vais y passer la nuit... Au fait, je t'invite Cochon.
- Mais non, tu ne m'invites pas, c'est ridicule.
- Si, je t'invite.
- Non ! Arrête cette galanterie grotesque ! Je ne vois pas pourquoi tu m'inviterais ! Nous sommes juste des collègues.
- J'ai envie de t'inviter.
- Bon sang, c'est moi qui t'invite alors !
- Non, c'est moi.
- Je vais m'énerver. Pourquoi tu es si gentil ? Pourquoi tu es comme ça ? Je t'ai pourri ton déjeuner, on se connaît à peine ! Alors POURQUOI TU M'INVITES ???
- Madame, s'il vous plaît, c'est pour payer !
- Ecoute Graphiste Fou, ne fais pas ça ! Tenez madame, prenez ma carte bleue.
- Non, la mienne. Merci.
- NON ! Je.. putain. Mais c'est la 5eme fois que tu m'invites, il faut vraiment que tu arrêtes. A chaque fois qu'on est ensemble, il faut que tu m'offres quelque chose.
- Ca me fait plaisir.
- C'est ça le problème avec toi, tu es trop gentil, trop gen-til... Ca ne peut pas continuer comme ça ! T'es vraiment cinglé ! Bon... excuse-moi, en fait c'est peut-être nous les fous et c'est toi qui a raison.

Il m'a regardé avec son air triste de type largué dans une galaxie lointaine. Dans la lumière, son bonnet brillait d'un éclat doux, comme une auréole posée sur sa tête. Je ne savais plus quoi dire, à part "serais-tu un nouveau Messie ?" Mais à la place j'ai murmuré : "Merci... "

Publié dans Cochon en agence

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Le Cochon dingue 21/08/2007 16:44

Est-ce que j'ai vraiment une tête à raconter des conneries ? Non, hein.Voilà, tu as ta réponse. D'ailleurs c'était quoi la question ? De quelle première phrase tu parles ? :- Est-ce qu'il y a bien une purge des freelances à la Firme ? Oui, d'ailleurs ils ne m'ont toujours pas rappelée. - Est-ce que le graphiste fou est un messie et Jésus un extraterrestre ? Hé bien... Qui suis-je après tout pour remettre en cause la parole du Guide Suprême.Sur ce , "Rahsmlïdainou !" comme on dit par chez nous.

2 2 21/08/2007 14:13

sérieux ? (la première phrase, pas le reste, hein)

Le cochon illuminé 21/08/2007 11:09

Je voulais rajouter que le Graphiste Fou m'a expliqué ensuite qu'il était l'un des Messie, comme Jésus Christ (qui est en fait un extraterreste venu annoncer la bonne parole). Enfin, pour ceux qui veulent rejoindre la secte de Ruelle avec moi (je suis obligée de ne pas prononcer le vrai nom pour ne pas avoir de problème avec les autres adeptes), la porte est ouverte à vous tous, mes frères, pour partir à la rencontre des gentils élohims.Sur le site de Ruelle, je vois qu'on est à 47 jours avant le 7 octobre, avec une petite image montrant une soucoupe volante emportant plein de bestioles et un couple d'humains. J'ai hâte que ça soit le grand jour !