Les fées Carabine

Publié le par Le cochon dingue

La poisse, je ne me rappelle plus du code de mon immeuble. Et évidemment, j'ai aussi oublié mon portable chez moi... 10 minutes que je poireaute en bas alors que mes pieds ne ressemblent plus qu'à deux cubes de glace tout droit sortis du "Jour d'après". Heureusement je vois arriver de loin ma sauveuse : une petite mémé avec son caniche sous le bras.  Je lui souris, frigorifiée, " Bonjour Madame !"
- Vous n'avez pas le code ?
- Non,  c'est con, je n'arrive plus à m'en rappeler.
- C'est bien dommage.
Elle compose les 4 chiffres avec méfiance, en mettant une main devant pour ne pas que je l'espionne. Puis elle s'engouffre dans l'immeuble et  repousse la porte sur moi.
- Hé mais j'aimerais entrer !
- Foutez-le camp d'ici ou j'appelle les flics !
- J'habite ici ! Au premier étage ! Dis-je en essayant de me faufiler.
- Menteuse ! Je ne vous ai jamais vu, Pompon non plus d'ailleurs.
- Ecoutez, vieille sorcière, si vous ne lâchez pas cette porte, je vais pousser de toutes mes forces et vous allez être renversée.
- Attaque Pompon, attaque !
- HAAA ! Putain, votre clebs me mord le mollet ! Attention, je vais appeler Sarko et vous allez voir, une piquouse et plus de Pompon ! Raide mort le petit Pompon à sa mémé !
L'argument a eu l'air de faire son effet. Pendant un court instant de panique, la vieille s'est reculée et j'ai pu enfin rentrer dans mon immeuble.
- Mais vous êtes complètement cinglée !
- Pompon n'appartient pas à une catégorie de chiens dangereux, il est inoffensif.
- Allez dire ça au hachis parmentier qui me servait jadis de mollet.
- Les temps sont durs vous savez, avec toute cette insécurité, il faut bien se défendre !
- A ce que je vois, il y a plus de chances ici de se faire agresser par une vieille folle avec son caniche imbécile, que par une bande de zonards de banlieues.

Malheur au VRP qui frappera un jour à la porte de ma voisine, car le comité de réception risque d'être explosif : grenades, gros calibre, missile sol-sol et l'arme ultime : Pompom le chien-killer.
J'ai l'impression d'être dans un roman de Pennac, quand les fées carabine dégomment les opportuns.

La sénilité rend agressif me dis-je en me rendant chez ma gynéco pour ma visite décennale de révision.
J'arrive devant le bâtiment, cette fois mon code à la main, quand un jeune homme sort de l'immeuble.
- Merci, lui dis-je alors qu'il tenait la porte.
- Hé, stop ! Où allez-vous ?

Je le regarde bouche-bée. Non, pas deux connards dans la même journée ! Ai-je une tête de voleuse, de junkie, de tueuse, enfin une sale trogne de coupe-jarret ?

- Je vais chez ma gynéco. Cela vous pose un problème ?
- Euh... Non... Pas du tout... Répond le gars rouge tomate.

Des fois j'ai l'impression d'habiter dans une ville de paranos. Pas étonnant que les gens soient aussi agressifs, ils ont l'impression de se défendre d'agressions ultérieurement possibles. Je connaissais un gars comme ça, il dormait avec un poignard sous le lit et son armoire devant la porte. Ca doit être fatiguant de vivre cette vie-là.

Publié dans Cochon dingue

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Li 07/05/2008 14:23

Pendant les travaux chez mes parents, je dormais avec une armoire devant la porte de ma future chambre (c'est compliqué à expliquer). Ca m'a sauvé la vie (et la télé aussi sûrement).Les gens ne sont pas aussi parano à Grenoble. Pour l'instant. Mais si tu restes coincé dans le local poubelle, le vieux puceau du troisième qui passe à côté ne viendra même pas te délivrer même si tu es une jeune fille... Li

Le Cochon dingue 27/10/2007 17:55

Ah, c'est intéressant !Et alors, ça s'est terminé comment ? Il a haché menu Casper le gentil fantôme ?

Iyhel 27/10/2007 17:08

Moi je connais quelqu'un qui dormait avec un katana en guise de doudou, mais c'est parce qu'il pensait que sa maison était hantée.