Dans la tour UniversalPub, il y a plusieurs niveaux. Au sous-sol, on trouve les stagiaires. A peine un peu de lumière d'un soupirail moisi par l'humidité, des bureaux branlants, des PC peu
orthodoxes (tiens, un Amstrad CPC ) et une trentaine de pauvres jeunes grelottant, même en plein mois d'août.
On dit qu'au niveau -2, il y a une centaine de Chinois qui travaillent, vivent, accouchent et meurent là, sans jamais pouvoir sortir. Mais c'est juste une rumeur, personne n'a pu le prouver. Ce
sont les cercueils dans l'ascenseur qui m'ont mis la puce à l'oreille.
Au Rez-de-chaussée, il y a les employés normaux, les petits, les minus, les N.
Au 1er, il y a les N+1.
Au deuxième les N+2 (vous suivez ?).
Ainsi de suite jusqu'en haut, mais jusqu'où monte la tour, je n'en sais rien, les nuages et la pollution en cachent la cime. J'imagine que la tour est tellement haute qu'au sommet les N ne savent
même plus compter leur nom.
- Bonjour, je suis N+1538999212026265.
- Enchanté, euh... monsieur.
Moi je travaille avec un N du Rez-de-Chaussée. Il s'appelle de son petit nom : N-commercial.
Quand j'envoie une maquette, N-commercial la valide, puis l'envoie à son N+1 puis au N+2, +3, +45, + des milliards et des milliards (je ne sais malheureusement pas compter au-delà).
Vous voyez le problème ? Il y aura forcément un glandu de N pour ne pas aimer ce que j'ai fait ou pour faire chier le N-1 ou le N-2, juste par pur plaisir.
Ainsi je me retrouve à bouger une ligne d'un pixel à droite ou à gauche, à l'infini. Je pense que j'y suis jusqu'à ma retraite, que je vais mourir perdue dans le trou abyssal des N.
N-graphiste me demande : il paraît qu'il y a un N qui n'aime pas la maquette.
- Ah bon ? Quel N ?
- Ben j'en sais pas moi, on ne me dit rien, je ne suis que N-0,5 !
- Demande à ta chef alors, moi je suis juste freelance, je n'en sais rien non plus.
- Mais elle me dira que dalle. Elle se la pète parce qu'elle est N+2.
- Ah... c'est dur la vie...
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