Je suis une chic fille. C'est vrai, je m'intéresse aux autres... En général...
Une question par ci, un sourire par là, comment se sont passées tes vacances ? Ta tantine va mieux ? Ton chat n'est plus malade ?
Seulement parfois, après avoir écouté certains débiter non-stop leurs vacances chez mémé, je ferme les écoutilles, je me concentre et je travaille (oui, parce que la scène que je vais vous
raconter, se passe au bureau).
- Ca va Cochon ?
- Oui...
- T''as pas l'air très en forme...
Elle dit que je n'ai pas l'air très en forme parce que c'est bizarre aujourd'hui je ne lui ai posé aucune question sur sa vie privée. La veille, elle m'avait raconté ses vacances de long en large,
seconde par seconde, de l'aéroport au taxi du retour, de la marque de ses serviettes hygiéniques au dessert qu'elle avait trouvé franchement limite parce que trop calorique. Mais jamais, jamais
elle ne m'a posé de questions sur MES vacances. Ok, Limoges, ça craint. Ce n'est pas LA destination qui fait rêver, mais s'intéresser un minimum à moi, même par politesse ou hypocrisie, ça ne lui
aurait pas foulé la langue.
- Ben Cochon, tu fais la gueule ? Tu ne m'as même pas dit comment tu trouves ma nouvelle coiffure !
- Très joli...
- Les mèches me vont bien, hein !
- C'est une question ou une affirmation ?
- Un mec m'a dragué tout à l'heure dans la rue !
- C'est tellement rare que ça doit être relevé ?
- Et au fait, t'as pensé quoi de mon roman ?
- Ah euh... Oui, j'ai bien aimé l'histoire, mais je n'accroche pas trop sur le style.
- Ben oui, c'est pas du Victor Hugo, mais mon intention n'était pas d'avoir un style trop littéraire.
- Non mais quand tu écris "maman a allé à la pharmascie pour revenir dans bientôt", j'ai un peu du mal...
- C'est la destructuration qui te gêne ? L'approche néo-spatiotemporelle ?
- Sûrement oui... Et aussi les fautes d'orthographe.
- Le problème c'est que je ne trouve pas d'éditeur...
- Tiens donc.
- Mais bon, je n'ai pas beaucoup cherché non plus.
- Mmm...
- Parce que les mondanités, ça me fait chier. Si je dois faire tous les salons et les cocktails pour trouver un éditeur, je préfère rester dans mon statut d'écrivaine maudite.
- Tu sais, tu n'es pas obligée de cirer des pompes. Tu peux envoyer ton script par mail aux maisons d'édition. Par exemple j'ai un pote,
Fabien Bertrand, qui écrit des pièces de théâtre
et...
- A ma mort, quelqu'un découvrira mes manuscrits et je connaîtrai la gloire !
- Ouais... une gloire posthume... J'ai l'impression que tu as peur de te confronter à la critique. Moi aussi, j'écris un peu et je redoute quand...
- C'est le destin tu vois. Si je dois être publiée, je serais publiée. Je crois à ça tu vois.
- Oui, mais bon, le destin tu peux lui donner un petit coup de pou...
- Non, le destin c'est le destin. Ca ne se commande pas. De toute façon, c'est impossible pour une fille d'être éditée sans coucher.
- Pas du tout, pour publier ma
nouvelle aux éditions Filaplomb, je n'ai pas eu besoin de coucher avec
mon éditeur.
- Je ne me prostiturai pas ! Mon corps n'est pas à vendre !
- Dis, tu m'écoutes quand je parle ?
- Tu vois, je sais que mon roman c'est une bombe. Il pourra attendre quelques années dans un tiroir, mais quand enfin l'humanité aura lu ma prose, le monde entier s'inclinera devant mon génie.
- Pffff... je fatigue...
- Qu'est-ce que t'as ?
- Mal au crâne...
- Ah ! Quand je te disais que t'avais pas l'air en forme !
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