Journal d'une graphiste freelance

Voici mon histoire. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait totalement fortuite. D'ailleurs, pour conserver l'anonymat le plus total, j'ai décidé de m'appeler Madame X. Quoi, ça craint comme pseudo ? Euh, alors, la graphiste masquée ? Ou Cochonator, le destructor ?
Bon, si j'ai déjà du mal à me trouver un nom original et pas trop ridicule, la suite de ce blog risque d'être compliquée à gérer...

Samedi 13 septembre 2008
Il est minuit. Il y a un film japonais sur Arte. Je suis vautrée dans mon canapé, mon PC portable sur les genoux. D'un oeil, je tchate avec Fanou qui est en vacances à Barcelone, de l'autre je regarde deux collégiennes nippones en socquettes blanches, harcelées par leur marâtre.

Fanou se prépare pour sa soirée qui commence à 2 heures du mat (apparemment dans son monde, une soirée qui commencerait plus tôt serait considérée comme un goûter d'anniversaire pour Bisounours).
Moi je songe à aller me coucher, quoique sur TF1 il y a un reportage de "Sans aucun doute" sur les opérations chirurgicales ratées. Je me tâte : mon lit ou les seins mutilés... Que choisir ?

C'est alors que Fanou me pose une question merveilleusement naïve.
- Et toi, tu vas faire quoi cette nuit ?

Mmm... Réfléchissons... A part pour le nouvel an où je m'accorde de temps en temps une nuit blanche, en général, passé minuit, je dors. La question me fait rire et je réponds à Fanou :

- Je suis en train de choisir ma minijupe. Ce soir, je vais danser à la Scolo !

La Scolo est la seule boîte que je connaisse, pour y avoir mis un jour les pieds. Dans mon souvenir, c'est une boîte de vieux, de ringards, empestant la fumée et l'alcool. Lieu de débauche où un septuagénaire bedonnant et le cheveu gras s'est permis de me toucher les fesses. Lieu de perdition, embryon d'un Sodome et Gomorrhe répugnant et plein de vice, la Scolo est le dernier endroit au monde où je déciderais d'aller m'amuser.

Je ne m'attendais pas à ce que ma boutade fasse mouche. Moi en minijupe, moi à la Scolo, personne ne pourrait croire à une pareille ineptie !
Mais Fanou s'excite :
- Quoi !!!! Tu vas à la Scolo ! Le jour de l'inauguration ?!!! La boîte vient d’être rachetée ! C'est l'évènement le plus hype de septembre avec les 100 ans de Converse !!!! Comment t'as eu les invites ?
- Par un type qui travaille en agence de pub...

Oulà, ça sent le roussi, je m'enfonce dans mon mensonge.
Fanou ne se sent plus, il m'envie, il me vénère, il donnerait sa mère pour être à ma place, il donnerait son voyage à Barcelone et 6 mois de salaire. Je suis passée du stade de simple amie, à celui de demi-dieu. Je sens dans la vitesse de ses mots qui apparaissent de plus en plus rapidement sur mon écran, qu'il entre en transe.

- Tu demanderas des autographes ?
- Oui, et à ton nom, promis ! Dis-je en devinant une explosion de plaisir à quelques centaines de kilomètres de moi.

La jouissance de Fanou me met mal à l'aise. Faudra t'il que je fasse des photos truquées de moi roulant un palot à David Guetta ? Et des autographes bidons de Mika pour agrémenter mon histoire de détails réalistes ? Ou est-ce que j'arriverais un jour à lui dire la vérité...




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