Le désarroi de ma disciple

Publié le par Le cochon dingue

Betty, c'est ma stagiaire. Elle me regarde, émerveillée. Je clique droit, elle me contemple, je bouge la souris, elle s'exalte, je dessine un carré bleu, elle bave d'admiration, je lui dis "ferme la bouche", elle entrechoque sa mâchoire avec un sourire crispé.
Certes, j'ai toujours voulu être admirée, mais peut-être pas à ce point-là. Comme Betty est toujours sur mon dos, littéralement collée à mon épaule, je l'envoie me chercher du café pour me débarrasser d'elle. J'aime pas le café, mais c'est pas grave, du moment qu'elle part quelques minutes loin de moi.
Au début je lui avais demandé du vrai travail. Je suis contre l'exploitation des stagiaires, mais enfin ils sont quand même là pour bosser un minimum. Malheureusement j'ai vite compris que Betty ne me serait d'aucune utilité.

- Tu peux décliner cette page selon ma charte graphique ?
- Je ne sais rien faire, c'est trop dur, je ne vais pas y arriver !
- Tu es là pour apprendre, non ? Ouvre la maquette, je l'ai laissé dans un dossier sur ton bureau.

Betty a regardé la surface en bois de la table.
- Non, pas ce bureau ! Celui de ton ordinateur !
- Hein ?
- Ok, on est mal barré... Tu sors d'où ? Tu as fait une formation en informatique ou tu as été pistonnée à mort ?
- Ben... Je suis la cousine du filleul de l'ami d'enfance du patron...

Tout s'explique.

- Et si tu allais me chercher du café !
Betty a hoché la tête et elle est partie en vitesse, me ramenant dans la minute un café que je n'ai pas bu. Puis toute fière de son exploit, elle s'est recollée à moi, transpirante et fébrile.
- Euh... Tu veux bien me chercher un autre café ?
- Mais tu n'as pas bu le premier !
- Je vais t'apprendre un truc essentiel à la survie de tout stagiaire en entreprise : on ne discute pas les ordres.
- Désolée, j'y retourne tout de suite.
- Ah au fait,  si tu pouvais aussi me rapporter un bulbultara miniature avec des motifs de girafes ailées.
- C'est quoi ? Un truc à manger ?
- Mais non, c'est comme un taisho koto.
- Mais ça ressemble à quoi ?
- Écoute Betty, fais un effort s'il te plaît. C'est une cithare indienne qui ressemble à une épinette des Vosges ou à un dulcimer.
- Ah... Oui... Bien sûr... Et ça se trouve où ?
- T'es un boulet, toi ! Allez, débrouille-toi un peu toute seule, ma grande. Je sais que tu peux le faire.

Betty est partie à la recherche de l'objet.
C'était la semaine dernière. Je ne l'ai plus revue depuis. Je l'imagine dans une province indienne demandant à la ronde où trouver un bulbultara miniature avec des girafes ailées. J'ai peut-être été un peu dure, mais pour elle c'est formateur. C'est le métier qui rentre !

Publié dans Cochon en agence

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Iyhel 03/11/2008 22:52

Mmmh... je vasi mener l'enquête à coups de chatouilles. Parce que la reprise du "et.si@jveux.pas", vu qu'il n'y a que toi qui le voit... Ou alors c'est quelqu'un chez qui je commente et qui connaissait l'adresse bidon. Mais bon, je penche pour chat d'oc trahie par un remplissage automatique des champs.Tout ça pour dire que je ne suis pas somnambule - et c'est dommage parce que ça doit être rigolo !

Francis 03/11/2008 22:15

Un jour, moi aussi j'aurais une stagiaire, comme Cochon, mais je préfererai l'utiliser comme Bill Clinton, je suis un être humain, moi. Cétonteux de traiter des gens comme de simples fournisseurs de bubultara, fussent-ils miniatures.

Cochon 03/11/2008 10:52

C'est vraiment très bizarre, parce que le mail que BP m'a laissé avec son commentaire, c'est : et.si@jveux.pasCa ne te rapelle rien ?Alors soit tu as des crises de somnambulisme, soit il s'agit de ta douce et tendre, soit quelque part dans la galaxie tu as un admirateur qui te copie en tous points et tu devrais en être flatté !

Iyhel 03/11/2008 10:45

Argh, mais je vais porter plainte ! Qu'est-ce que c'est que cette usurpation éhontée ?! En plus, c'est même pas la bonne adresse, il s'agit de l'ancienne...T'as regardé l'adresse IP ?

Cochon 01/11/2008 14:23

Cher Bibimpap (mmm... ça me donne envie de manger un bon coréen tout ça), j'ai très envie de te prendre comme stagiaire, mais as-tu un lien de parenté avec mon patron ? Parce que ça marche comme ça apparemment !