Le coiffeur de l'impasse maudite

Publié le par Le cochon dingue

Lundi 15h30. J'avais un entretien très important pour une grande agence de pub, mais ma physionomie montrait un certain laisser-aller. Les dangers du chomage, pyjama jusqu'a 15h, pizza décongelée devant derrick, 5 kilos en trop, les cheveux gras et le visage bouffi par l'alcool. Hé oui, ça va vite. J'ai décidé de remédier à ça, mais je n'avais que 2h41 avant ce fameux rendez-vous. le plus simple, c'était d'aller chez le coiffeur, parce que pour les kilos en trop, on n'a pas encore inventé de régime miracle agissant en 2h30.
Près de chez moi, il y a un petit salon sordide, où il n'y a jamais personne. Gazmouth, mon compagnon (non non, il ne s'appelle pas vraiment comme ça, sinon je l'aurais quitté ;-)) m'avait dit de me mefier des apparences et que c'etait peut etre un excellent coiffeur. J'ai voulu tester.
Il n'y avait tellement personne, que la bonne femme était allongée, la tête contre une table, une toile d'araignée dans les cheveux. En entrant, je l'ai réveillée et il était déjà trop tard pour fuir.
Elle m'a cramé la tête avec de l'eau bouillante, puis m'a demandé ce que je voulais comme coupe. "assez court derrière, je voudrais garder les pattes, mais très effilées, gardez assez de longueur pour que je puisse encore me faire des couettes et surtout, il faut desépaissir, il y a trop de volume."
Donc, la bonne femme, d'origine maghrebine, commence à couper derrière en poussant des petits soupirs très enervants genre : aahhh, ummph, ooohhhh (film porno avec une octogénaire tres essouflée).
Puis elle s'arrete et me regarde d'un air dubitatif. Son mari venait d'entrer. Elle lui demande en arabe : elle veut quelque chose d'effilé, ça veut dire quoi effilé ? le mari prend les ciseaux, commence à couper couper couper. Aaahhhh, mes pattes effilées.... plus de pattes, que des moignons de cheveux decapités !
apres elle lui dit : elle veut moins de volume, comment je fais ?
super coiffeur prend ses ciseaux spécial voluminator et commence à couper couper couper. A la fin, je ne ressemblais à rien, avec plein de cheveux dressés sur ma tête. Il me dit : "ça va ?"
- euh, comment dire... pourriez vous me dégager les oreilles ?
- pardon ?
- me dégager les oreilles, les cheveux sont trop longs, là
- en volume ou en longueur ?
- ben, en longueur !
Le coiffeur dit à sa femme : "raccourcis tout, sauf les oreilles"
- mais non, c'est le contraire !
 
bref, c'etait chaud. Finalement elle a pris son sèche-cheveux, m'a rejeté tous mes cheveux en arriere et m'a fait la coupe de Desireless.
Un truc infâme, tellement moche que j'en riais nerveusement. Je ne preferais rien dire de peur qu'elle me sequestre 2 heures de plus comme terrain d'experimentation à ses coupes barbares. Puis elle deversé tout son gel visqueux sur la tête en faisant bien attention que chacun de mes cheveux reste collé en l'air pour l'éternité.
Le mari lui a dit (toujours en arabe) : qu'est ce que tu as fait, c'est n'importe quoi, tu vas retourner à la cuisine si ça continue !
- mais non, c'est elle qui voulait ça, d'ailleurs, elle est contente !
 
A part ça ils ont été tres gentils, après moultes salaamalek, ils m'ont laissée partir en me souhaitant une bonne journée, une bonne semaine, un bon mois, des bonnes vacances, un joyeux noel et une bonne année.
Ils m'ont fait payé 15 euros, comme pour les hommes. En sortant, je me suis decoiffée rageusement. J'ai remis mes couettes et j'ai juré, mais un peu tard, qu'on ne m'y reprendrait plus !
Tout ça pour dire que le mec de l'entretien ne m'a jamais recontactée, bizarre...

Publié dans Cochon dingue

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La graphiste masquée (et presque chauve) 02/07/2006 22:46

Chere poire choc ola
Tu comprendras bien que je ne peux reveler mon identité, surtout avec ma nouvelle coiffure. J'aurais bien trop honte...Mais si tu connais d'autres graphistes qui ont vécu la même expérience, présente-les moi, on pourra se regrouper en une association "Paix et éternité dans la gloire du Seigneur pour les pauvres cheveux décapités".
 

Poire-choc Ohlà 02/07/2006 22:17

Ca me rappelle quelque chose cette histoire...
Il y a un certain nombre de graphistes qui doivent succomber aux mêmes tondeuses arabophones du fait de leur goût particulier pour les aventures glauques dans les cloaques poussiéreux des quartiers louches de la capitale.
Et les vieux tiroirs trouvent des liens indiscutables entre claviers de futures grandes graphistes free-lance et graphistes free-lance masquées confirmées.
Sur quoi, je me dis qu'en relisant ses vieilles notes, on évite peut-être de refaire les mêmes erreurs.
Mais parfois, on aime retenter les expériences cuisantes. Ou les ressasser.
C'est un mystère.
Ou peut être juste un phantasme ?