Brûlons un cierge - Part II

Publié le par Le cochon dingue

Ma mère n'était plus croyante depuis longtemps, sans en connaître les détails, je crois qu'elle en avait soupé des bonnes soeurs. Pourtant à mon entrée au collège, dans le souci de compléter ma culture générale, mes parents ont décidé de m'inscrire au caté. Après tout, ça ne pouvait pas faire de mal.

La prof avait la quarantaine bien passée, elle faisait vieille instit sèche et dévote qui enseignait le dogme dans la discipline.
Chaque mercredi, on remplissait un cahier avec des textes de la Bible et des dessins de Jésus. Je ne me rappelle pas avoir plus détesté un cours que le sien, je ne retenais rien, je ne comprenais rien. La Bible était assénée à grand coups de "c'est comme ça, ne discute pas, tiens-toi droit". Maintenant, tous debout pour réciter le "Je vous salue Marie".
Comme j'ai détesté cette prière que je ne connaissais pas, à part les 1ers mots, le reste c'était du play back. Je baissais la tête et  bougeais les lèvres en mimant mes compagnons appliqués, qui ne semblaient jamais se poser de questions. A chaque fois, je sentais le regard perçant de la prof sur moi. Elle savait que j'étais l'intruse dans son cours, que les prières, je ne les connaissais pas, que j'étais incapable de citer les noms des apôtres. Et je n'avais qu'une seule peur, l'humiliation d'une révélation publique, car elle pouvait à tout moment me demander de prier seule devant les autres. Non, décidément, je n'avais rien à faire là, ce n'était pas à ma place. Et pour échapper à cette angoisse le mercredi matin, je faisais le catéchisme buissonnier dans mes escaliers. J'attendais sur les marches sans bouger pendant un peu plus d'une heure. Ma mère a vite compris à mes maux de ventre et mon air terrorisé qu'il se passait quelque chose.

L'expérience s'est arrêtée là, mais je n'ai pas échappé aux messes pour autant. Qu'il pleuve ou qu'il grêle, l'aumonier de la paroisse était "toujours prêt" pour une petite messe scoute. Sous les arbres dans la forêt, on installait un autel et j'attendais que ça se passe. La lecture des psaumes. La communion, Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir. Se lever, se rasseoir. Le sang du Christ mêlé à l'eau de pluie. Le corps du Christ dans nos mains terreuses. Se lever encore une fois. Les signes de croix. La paix du Christ. Tout ce cérémonial qui n'était pour moi qu'une mascarade, qui ne signifiait rien, juste une petite heure de sieste à la fin d'un week end à courir et se dépenser dans les bois.

Mon amie était de mère juive, mais avait été élevée sans l'ombre d'une éducation religieuse. Assise près de moi, elle avait intégré tous les textes, tous les signes et les répétait avec une conviction naissante.
Tandis que je pouffais et que je ne tenais plus en place, gênée par mon uniforme, elle était calme et semblait comprendre le vrai message des Evangiles. Ou peut-être qu'en fait, elle était aussi paumée que moi. Elle allait communier, parce qu'il ne fallait pas se faire remarquer, ne pas s'exclure du groupe, se fondre dans la masse.
L'aumonier a appris qu'elle était juive, il lui a dit : "Tu ne peux pas prendre l'hostie, je te l'interdis, tu n'es pas baptisée". 
Mais le dimanche suivant, elle s'est quand même mise dans la file, elle ne voulait pas rester sur la touche. Le prêtre l'a regardée d'un air menaçant. Elle s'est présentée à lui, a tendu les mains, mais il l'a ignorée et a détourné son regard d'elle. Le corps du christ a atterri dans une autre bouche moins hérétique, plus baptisée.

Et tous les dimanches, elle continuait à se présenter devant le prêtre et tous les dimanches il la foudroyait de son ire et de celle de tous les saints.
Et moi après cela, je n'ai plus voulu communier, je ne pouvais pas croire que le message de l'Eglise était celui de Jésus.

Je ne sais pas, différence d'interprétation peut-être...

Publié dans l'Histoire de Cochon

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2-2 04/07/2006 14:38

Poutrelle (appellons là Poutrelle) sait déjà tout le bien que je pense de son écriture. Jetons donc un voile pudique sur tout cela.

Fabien 04/07/2006 09:21

Et quand je pense que je vais me marier à l'église !!!
T'as quand même pas de chance d'être tombé sur les plus trous du cul... Enfin d'un autre côté, allez chez les scouts cathos, c'était pas le meilleur moyen de fréquenter les modérés avec une ouverture d'esprit.
En tout cas, désolé, mais là, j'ai un peu rigolé de tes malheurs...
'trement, très joli, ton blog. Vraiment.