Ploucville (épisode 5)

Publié le par Le cochon dingue

Valser comme des paralytiques ne semblait nullement déranger Jeremy. Moi par contre, je commençais à trouver le temps long et je n’avais pas envie de terminer la soirée ankylosée de partout.

- Et si on dansait pour de vrai ? Ai-je proposé à mon partenaire dont je sentais l’angoisse soudre de tous les pores de sa peau déjà moite.
- Comment ? m’a-t-il répondu d’une voix rauque.
- Essaye de bouger un peu ! Les autres tournent autour de nous et nous nous restons désespérément figés.

Jeremy s’est mis à balancer son corps en me ballotant dans tous les sens.

- Bon, en fait je me demande si ce n’était pas mieux avant… J’ai l’impression d’être le hochet d’un bébé sumo hyperactif.
- Quoi ? J’entends rien avec la musique.
- Ralentis un peu, j’ai le mal de mer ! Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?
- Lucie, je voulais te dire que tu es vraiment jolie.
- Bien sûr… Il paraît que l’acné et les appareils dentaires c’est carrément à la mode cette année.
- J’ai très envie de t’embrasser.

Il ne manquait plus que ça. Je n’ai pas eu le temps de me détourner que la bouche de Jeremy s’était déjà écrasée contre la mienne. Je l’ai vue fondre sur moi comme l’attaque d’un poulpe géant sur une octogénaire rhumatisante en cure thermale à St-Tropez. Un vrai massacre. Il allait y avoir du sang et des larmes. Mes mâchoires, dernier rempart contre l’envahisseur tentaculaire, restaient obstinément closes.

- Je saigne ! A crié Jeremy en se redressant soudain. Ton appareil dentaire m’a défiguré !
- Et voilà, ça va être encore de ma faute… Ne panique pas, tu as juste la lèvre légèrement fendue…

- Un vampire, c’est vampire ! A gémi un gamin en montrant du doigt Jeremy, la bouche sanguinolente.
- Mais non petit, ne t’inquiète pas. Il s’est juste un peu blessé.
- Dracula ! C’est Dracula !
- Ce n’est rien qu’un petit bobo, ai-je expliqué avec un grand sourire.
- Rho, des dents de fer, toi aussi tu es un vampire !
- Ecoute le mioche, tu commences à me gonfler. Nous ne sommes pas des vampires, ok ?
- Lucie, tu peux t’occuper de moi ? Je me sens mal. Je saigne beaucoup.
- Mais c’est juste une égratignure.
- MAMAN ! Il y a des vampires !
- Et toi tu vas la fermer ! Tu veux quoi ? Des bonbons, un tour de manège, du fric ?
- Non ! Je ne cèderai pas aux tentatives de corruption.
- Aux tentatives de corruption ? Depuis quand les enfants emploient ce genre de termes ? Vraiment, la jeunesse n’est plus ce qu’elle était.
- Sales vampires, je vais vous dénoncer aux gendarmes !
- Bravo ! Belle mentalité ! Voilà le fruit d’une éducation réactionnaire.
- Lucie, je ne suis pas sûr que tu aies vraiment la bonne méthode. Tout le monde nous regarde, nous allons être la risée du village.
- Très bien Nosferatu, on va rentrer à la maison avant que ces paysans ne te poursuivent avec de l’ail et des pieux.
- Je ne suis pas sûr que j’arriverais à marcher. Je vais me vider de tout mon sang.
- Ce n’est pas comme si je te demandais de gravir l’Himalaya avec un membre fraîchement amputé. J’habite juste à la sortie du village !

J’ai attrapé la main de Jeremy pour qu’il me suive. Derrière nous le monstrouillot gesticulant braillait pour attiser contre nous la vindicte populaire. Mais les braves gens dansaient, insouciants du reste du monde. Dans la foule, nos parents nous ont regardés passer, attendris.

- Ils forment un si joli couple !
- Pourquoi partent-ils déjà ? Ils vont louper les feux d’artifice.
- Il faut leur laisser leur intimité, ils sont jeunes, ils ont besoin de se découvrir.

Je me suis toujours demandé comment nos parents pouvaient être autant à côté de la plaque.
Cette soirée avait été aussi romantique qu’un tournoi de catch, quant à mon premier baiser, celui dont je rêvais depuis si longtemps, il s’était transformé en un remake minable du Bal des vampires.

- Je te parie que nos mères discutent déjà du traiteur et de la cérémonie de mariage…
- Et mon père doit établir la liste des alcools pour le cocktail.
- Ils sont vraiment pénibles.
- Est-ce que je saigne encore beaucoup ?
 
Mais non, ai-je répondu en serrant la main de Jérémy, alors que nous nous enfoncions un peu plus dans l’obscurité de la campagne.


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Cochon 14/12/2009 12:57


Steven Seagal : Pour une fois qu'on te propose un rôle de composition, qui requiert de la finesse et de l'émotion dans l'interprétation du personnage, toi tu te débines ! Tom Hanks aurait sauté sur
l'occasion, lui.

The avenger : Je finirai avant le nouvel an, promis.
Je suis tout à fait d'accord avec toi, le sexe c'est sale. Mais que veux-tu, il y a la pression de mes lecteurs et puis je dois faire plus de trafic pour être un peu plus connue.
Alors forcément, si dans le dernier acte Lucie met sa petite robe d'infirmière et va *biiip* avec un gros *biiip* tout en *biiiip* sur Jeremy, ça ne sera pas de ma faute. J'aurais été contrainte de
suivre les directives de mon lectorat pervers...


Readers' avenger 14/12/2009 12:38


Bon on va dire que t'as gagné un sursis jusqu'au Nouvel An.

J'espère qu'ils ne vont pas coucher ensemble. Le sexe c'est sale.


Steven Seagal 14/12/2009 12:01


Je crois que ça ne va pas le faire. Je déteste qu'on me mette des thermomètres dans l'oreille.


Cochon 14/12/2009 01:04


D'abord elle lui enfonce un thermomètre dans... hum... l'oreille (lui il aurait préféré dans les fesses mais elle voulait commencer doucement avec beaucoup de préliminaires, d'où le choix de
l'oreille, organe très sensible qu'on oublie trop souvent). Ensuite elle déboutonne sa blouse petit à petit, et oh my god ! Il est déjà 1h du matin ! Je dois me coucher si je veux me réveiller en
pleine forme pour ma dure journée de labeur.
Je ne doute pas que votre imagination fertile et débridée terminera à ma place le récit des amours piquantes de la jolie infirmière (je vais l'appeler Gwenda) et de son patient (Steven Seagal sera
parfait pour le rôle).
Sur ce, bonne nuit !


Capitaine Glam 14/12/2009 00:48


Ah ! Enfin ! Ben, voilà, quand tu veux. Pasqu'on commençait à s'impatienter velu, là. Mais bref, désolé de t'avoir coupé : et donc, l'infirmière ? Elle lui fait quoi ?