Ploucville (épisode 6)

Publié le par Le cochon dingue


Quand je suis entrée dans la chambre, Jeremy était nu comme un ver. Malgré les apparences il ne s’agissait pas d’un rendez-vous galant planifié d’avance. Jeremy ne m’attendait pas, il s’apprêtait à se coucher lorsque j’ai fait irruption dans la pièce. Surpris dans son plus simple appareil, il a bafouillé, crié et gesticulé en essayant de cacher son anatomie derrière une chaussure, puis une chaise, puis une bouteille d’eau minérale, hélas totalement transparente.

La discussion qui a suivi n’étant pas compréhensible pour une oreille humaine normalement constituée, je la retranscris quelque peu édulcorée et épurée des divers glapissements, exclamations, interjections et petits rires nerveux qui l’ont ponctuée.

- Lucie ! Qu’est-ce que tu fais dans ma chambre ?!
- Euh, je venais prendre de tes nouvelles. En rentrant du bal tu avais l’air abattu…
- Comme tu peux le constater je vais parfaitement bien, merci ! Et quand j’aurais récupéré mon caleçon qui se trouve sous tes pieds, j’irai encore mieux !
- Oh pardon ! Cette situation est vraiment embarrassante… J’aurais dû frapper avant d’entrer.
- Si tu veux bien nous reprendrons cette conversation demain, lorsque je me serai pratiqué une lobotomie du cerveau pour effacer tous les épisodes humiliants de cette soirée, m’a lancé Jeremy en s’enfouissant sous sa couverture la tête la première.
- Je crois que je vais te laisser dormir. Voilà ton caleçon !

Alors que je tenais entre deux doigts le vêtement en question, la porte s’est ouverte dans un grincement sonore et la silhouette massive du père de Jeremy est apparue sur le palier.

- Salut les enfants, je ne vous dérange pas ? A-t-il demandé sans vraiment attendre de réponse. Je ne voulais pas vous couper en plein préliminaires. Ne faites pas attention à moi, je ne fais que passer. Continuez ce que vous étiez en train de faire.
- Mais on ne faisait rien du tout ! Ou en tout cas absolument pas ce que tu imagines ! Ai-je rétorqué en agitant nerveusement le caleçon que j’avais toujours en main.
- T’inquiète pas Lucie, je n’en soufflerai pas un mot à tes parents.
- De toute façon il n’y a absolument rien à leur dire. J’étais juste venue souhaiter une bonne nuit à Jeremy.
- Du calme ma chérie, puisque je te dis que je resterai muet comme une tombe. Je vais vous laisser profiter de ce moment entre vous. Tenez, voilà de quoi prendre du bon temps tout en vous protégeant. Un accident est si vite arrivé, a ajouté Gérard Poinsard en posant une boîte de préservatifs sur la table de chevet.
- On n’en a pas besoin !
- Pour les capotes, à utiliser pour tout rapport sexuel, même buccal, il vaut mieux lire la notice avant d'être dans le feu de l'action, éviter les gestes brusques et les ongles trop longs. Quant aux goûts, il y en a plusieurs : fraise, …
- Papa, sors de ma chambre ! A crié Jeremy devenu blême.
- Ah, j’oubliais fiston, un petit conseil : sois actif et entreprenant, les femmes détestent les mollassons. Ce n’est pas le moment de rester sur le banc de touche comme à l’entraînement de foot…
- JE T’AI DIT DE SORTIR DE MA CHAMBRE !
- Relax bonhomme, ça va bien se passer. Allez, amusez-vous bien ! A conclu Gérard Poinsard en nous adressant un clin d’œil qui se voulait complice.

Une fois Gérard sorti, je suis restée immobile, les bras ballants, affligée et fatiguée à la fois. Jeremy, pelotonné sous la couverture, s’agitait par secousse.
- Tu pleures ?
- Mon père est un conn…
Je me suis assise sur le lit et j’ai posé ma main sur la forme tressaillante, jusqu’à ce que les soubresauts s’atténuent.

- Jeremy, je peux m’allonger près de toi ?

Il n’a pas répondu.
J’ai retiré mes chaussures, j’ai éteint la lumière et je me suis glissée sous les draps. Malgré l’obscurité de la chambre, je distinguais nettement les yeux de Jeremy, comme deux énormes billes, qui me fixaient intensément.
Et maintenant ? Semblaient-ils me demander avec insistance.
Et maintenant ? Je ne savais pas. J’avais juste envie de ne plus penser à rien, à rien du tout.

- Bonne nuit Jeremy, ai-je murmuré en me serrant contre lui.
- Je ne sais pas si j’arriverai à dormir.

Je n’ai pas répondu.
Juste le silence.
A défaut de nos voix, nos souffles se répondaient dans un dialogue muet.
Jeremy a passé son bras autour de moi et je me suis enfoncée dans le creux de son corps. Il était chaud et doux.
J’ai fermé les yeux, bercée par nos respirations devenues plus tranquilles.
Et j’ai souri, heureuse pour la première fois.

Publié dans Ploucville

Commenter cet article

lizier 30/01/2010 06:43


 

Bonjour,


Je suis graphiste free-lance actuellement à Montréal je suis venu sur votre blog via l'annuaire d'over-blog. Ce que vous faites est pas mal du tout


Je vous invite à découvrir ce nouvel article sur mon blog, http://www.nicolaslizier.com/article-creation-nicolas---tennis-serbie-ana-ivanovic-2010--43850289.html


Je vous souhaite une bonne continuation sur votre site.


A bientôt


Nicolas graphiste à Québec



Cochon 27/01/2010 13:14


Hello Dodue,
Ca me fait plaisir que tu aimes l'histoire. C'est marrant, un copain m'a dit qu'il avait été choqué que Lucie se retrouve dans le même lit que Jeremy. Comme Jeremy paraissait immonde physiquement,
d'après la description initiale de Lucie, mon pote redoutait donc toutes les scènes où il y avait un rapprochement entre les 2 personnages. Il s'attendait à ce que Lucie rencontre le plus beau gars
du village et tombe amoureuse de lui.
Evidemment, pour avoir vécu personnellement la blessure d'avoir un physique ingrat pendant l'adolescence, ça me paraît abérrant, superficiel et très cliché que Lucie ait une idylle avec un pseudo
Ken.
Mais à l'inverse, je me demande si je n'ai pas forcé sur l'aspect repoussant de Jeremy, non ?


Dodue 26/01/2010 17:26


Le père quel boulet !
Je trouve très sympa l'évolution des personnages et leur lent rapprochement.
Les vacances ne leur laisseront peut être pas un si mauvais souvenir que ça !


Cochon 22/01/2010 23:38


Iyhel : Effectivement la ligne est étroite. J'essaye de faire en sorte que ce récit soit drôle et tendre, en évitant de tomber dans le gnangnan ou les histoires pseudo-érotiques de la Collection
Harlequin. C'est pas évident avec un sujet comme celui-là, 2 ados mal dans leur peau qui petit à petit se découvrent (dans tous les sens du terme).

Oscar : Ca me fait plaisir que tu reviennes de temps en temps ! :)
Je n'ai pas tout compris à ton histoire de psychocouac et de catacombes, tu ne me confonds pas avec un autre Cochon ?
Bonne année à toi aussi, je vais t'écrire directement par mail pour avoir de tes nouvelles.

Zool : J'ai écouté mais le son sur mon portable n'est pas génial. Ca a l'air sympa, ça ressemble un peu à Cocorosie.


Zooool 21/01/2010 21:23


http://www.myspace.com/lisalisamitchell
ce lien il sera peut être plus efficace.
Gros bisous cochon