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Journal d'une graphiste freelance

Nouvelles

Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 19:35

Mon chef m'avait dit que c'était juste une mission de reconnaissance comme les autres. Débusquer les ennemis et trancher quelques gorges le cas échéant. La routine, quoi.
D’habitude, mon compagnon d'armes c’est Dédé. Je l'aime bien Dédé, même s'il ne se lave qu'une fois par an (et encore, c’est juste parce que les mouches autour de lui l’empêchent d’avoir une bonne visibilité). C'est d'ailleurs à cause de ses mouches qu'il n'a pas vu le nid de frelons. Méconnaissable, le Dédé. Alors le temps qu'il s'en remette, moi je fais équipe avec une magicienne plutôt sexy. Ca tombe bien,  nous traversons au clair de lune une prairie bucolique parsemée de pâquerettes et de quelques squelettes recouverts de mousse. C'est l'endroit idéal pour lui sortir le grand jeu.

- Alors coquine, ils sont à toi ces beaux yeux-là ?
- Plaît-il ?
- Ca te dirait de faire un petit tour dans les fourrés avec moi ?
- Là ! Des… des…
- Non, moi c’est Gunthor. Dédé c’est mon pote.
- Des… des trolls à trois têtes !
- Voyons, les trolls à trois têtes ça n’existe pas. Ils en ont deux maximum. Tu confonds sûrement avec des… HAAA ! Des trolls à trois têtes !
- Et vu leurs sourires carnassiers, je doute qu’ils soient du genre herbivore…
- N’aies pas peur, chérie, je maîtrise. On ne m’appelle pas «Gunthor l’exterminator» pour rien. Avec mon épée ancestrale, je vais les hacher menus. Bouge pas, je reviens !

BLIIIIING !

- Alors Gunthor "le super exterminator", maintenant que ta lame est brisée, j’ai le droit de m’inquiéter ?
- TAIS-TOI ET COURS !
- Pas la peine, je peux m'envoler. Toi par contre, t'es mal barré.
- Je suis désarmé ! Balance-leur une boule de feu !
- Mais je ne sais pas faire ça, moi !
- Alors envoie-leur un éclair dans la gueule !
- Euh...
- Une pluie de météorites ! Un déluge de crapauds ! Tu ne sais rien faire ou quoi ?
- C’est que je suis prise au dépourvu, c’est un peu le bordel dans ma sacoche et je ne me retrouve plus dans mes parchemins.
- Bon sang, mais prends n’importe lequel !
- Alors celui-là c’est pour accélérer le processus de photosynthèse des glandes thylakoïdes du plancton.
- J’pige que dalle ! Ca sert à quoi ?
- Aucune idée, mais je trouvais que ça sonnait bien.
- Rha ! Ils m’ont chopé la jambe ! Fais quelque chose !
- J’essaye de trouver un autre sort. Communication avec les ragondins, bof. Guérison de l’incontinence, non. Multiplication des organes sexuels…
- Mais on s’en braaaanle !
- Faut pas dire ça, il y en a qui en ont été ravis !
- J’suis en train de me faire bouffer le bras ! Et cette fiole dans ta poche ? C’est pas un élixir puissant ?
- Non, c’est mes gouttes pour le nez.
- Aaaaarghh ! Adieu...
- T’inquiète pas, ça y est, j’ai trouvé le bon parchemin : transformer vos ennemis en petites mouches roses. C’est cool, hein ! Mince, t’es déjà mort ?

2 heures plus tard.

- Franchement Gunthor, au lieu de faire la gueule, tu pourrais me remercier d’être toujours vivant. Enfin, plus ou moins vivant…
- Tu m’as transformé en zombie ! Ca ne se voit pas, mais la joie illumine ma peau cadavérique et mon regard vitreux…
- Quel manque de reconnaissance…
- Comment je vais faire pour draguer maintenant ?
- Ne t'en fais pas, pour les femmes, il n'y a que la beauté intérieure qui compte.
- Ca veut dire que tu veux bien faire un tour dans les fourrés avec moi ?
- Faut pas déconner non plus.
- Au fait, tu sais pourquoi depuis tout à l’heure je suis harcelé par des mouches roses à trois têtes ?
- Si tu veux je peux les transformer en vaches. C’est gentil une vache. Par contre il faut juste que je retrouve le bon parchemin...

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Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /Juin /2010 12:48

Il était communément admis que Pétronille n'avait pas d'humour. Elle manquait singulièrement d'autodérision. Sa susceptibilité l'amenait même jusqu'à censurer son entourage dans l'usage de mots courants tels que biiiiip, biiiiiip ou biiiiip.

- Chérie, tu ne dis plus rien depuis un bon moment, tu n'as pas aimé la soirée ?
- Jusqu'au dessert c'était très bien, ensuite il a encore fallu que vous dépassiez les limites.
- Quelles limites ?
- Tu sais bien de quoi je parle. A chaque fois qu'on dîne chez tes amis, il faut que je sois leur tête de turc.
- Personne ne s'est moqué de toi cette fois.
- Et quand ils ont évoqué... l'objet qui fait du bruit quand on s'assied dessus...
- Ah, le coussin péteur ? Mais ils racontaient juste une anecdote. Tu deviens complètement paranoïaque !
- Parano, moi ? C'est la meilleure. Tu sais bien que depuis... l'Incident... je vis un véritable enfer. Je suis la risée de tout le monde.
- Tu ne vas pas ressasser indéfiniment cette histoire. Tu as juste pété à un moment inopportun, c'est tout.
- Devant 300 personnes, en pleine cérémonie de mariage, au moment des consentements !
- Oui, et c'était très drôle !
- Hilarant...
- En tout cas, ça a mis de l'animation pendant la messe. Le prêtre en était tout gêné. Et t'aurais vu ta tête cramoisie !
- Toute l'assistance pouffait de rire, même toi...
- C'était tellement inattendu, tu étais si élégante et apprêtée, il n'y avait pas un bruit dans l'église, le monde s'était figé dans l'attente de ton "Oui" et c'est à ce moment-là que la nature a repris le dessus et que ton corps s'est exprimé bruyamment. C'était surréaliste !
- Très humiliant surtout. J'entends encore mon oncle s'exclamer : "Quel mariage tonitruant !". Voilà ce qu'on retiendra de notre union, un pet sonore. Moi j'avais rêvé d'un moment plus romantique...
- Pétronille, ça fait 3 ans déjà. Tu ne crois pas qu'il serait temps d'oublier cet épisode.
- Franchement j'aimerais bien ! Mais tu sais ce que disent tes copains quand ils pètent ? "Oh, quelle belle pétronille !" ou bien "la dernière fois j'ai pétronillé au boulot, une vraie puanteur", ou encore "depuis que j'ai mangé du chou, j'ai une crise de pétronillite aigue"... Je dois le prendre comment, selon toi ?
- Avec humour ! T'es trop coincée parfois.
- Ah oui ?
- Voire un peu prout-prout !
- Hinhinhin... Très drôle. Je ne comprends pas que tu ne me soutiennes pas devant tes amis. Je me sens à chaque fois humiliée.
- Et moi je ne comprends pas pourquoi tu en fais tout un drame. Tu ne crois pas qu'il y a des problèmes plus graves dans la vie ? Tu fais beaucoup de bruit pour rien.
- En fait notre mariage repose sur du vent. J'aurais dû écouter mon corps exprimer sa désapprobation, c'était un signe.
- Un signe de quoi ? Que tu n'aurais pas dû manger de flageolets la veille ? Qu'avec le stress tu n'as pas contrôlé tes sphincters ?
- Qu'est-ce que tu peux être vulgaire. Je me demande vraiment ce qui a pu m'attirer chez toi.
- C'est vrai, je rote, je pète et j'en parle naturellement. C'est grave docteur ? Hé Barbie, si tu voulais épouser Ken, t'avais qu'à acheter une poupée gonflable !
- Arrête la voiture, je vais descendre ici.
- Mais bien sûr, à vos ordres Madame. Et ils se séparèrent à cause d'une sombre histoire de flatulence... C'est le juge qui va se fendre la poire...
- Ça en fera un de plus sur la liste. Je commence à en avoir l'habitude.

Pétronille a claqué la portière et s'est mise à marcher d'un bon pas.
- Tu te rends compte que cette situation est ridicule ? Lui a lancé son mari à travers la vitre.

Oui, ridicule était le mot approprié. Ridicule et risible résumaient bien ces 3 dernières années. Pétronille avait l'impression de jouer dans une comédie grotesque et graveleuse, et elle avait décidé d'en finir avec son rôle du bouffon.

 

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Jeudi 13 mars 2008 4 13 /03 /Mars /2008 17:05
Ploucville, trou paumé dans le Limousin, là où il pleut 362 jours par an, le reste du temps il grêle. Là où chaque année mes parents me séquestrent dans la maison familiale héritée de bisaïeuls qui n’avaient vraiment pas de pot d’habiter là.
Ploucville, sa mairie, son bistrot et son cimetière. Un ou deux vieux, quelques chats et beaucoup de vaches. Et puis il y a la piscine dans notre jardin qui nous hisse au rang de superstars du patelin, de nababs du village.
J’aime pas ce bled pourri mais pourtant j’y passe toutes mes vacances. Je donnerais n’importe quoi pour aller ailleurs. Je ne rêve même pas du Maroc ou de l'Australie, non, je me contenterais juste de l’Aveyron ou de l’Ariège.

Aujourd’hui, c’est le grand chambardement. Les Poinsard débarquent. Maman a préparé les chambres, Papa a nettoyé la piscine des mulots qui viennent crever dedans. L’humeur est à la fête. Tout doit être parfait ! C’est Maman qui le dit. Suivi de près d’un habituel : Lucie, range ta chambre !

Les Poinsard et mes parents se sont rencontrés à la fac. Maman était avec Gérard et Papa avec Yola. Mais à force de se coller les uns aux autres, ils se sont mélangés. Maman flirtait avec Yola qui elle-même était amoureuse de Gérard qui était attiré par Maman qui couchait avec Papa. Enfin, je dis ça, mais j’en sais rien, c’est ce que j’imagine. Finalement les couples se sont fixés pour de bon, les mères ont accouché et se sont prises à rêver un avenir commun pour leur descendance. Gérard et Yola ont un fils, Jeremy, qui est sensé m’épouser dans quelques années, c’est ce qu’ont décidé nos parents réciproques un soir d’été, il y a 15 ans, alors qu’ils étaient tous réunis autour d’une bière.

- Alors, Lucie, quoi de neuf depuis l’année dernière ? Me demande le Poinsard en portant sa valise à l’intérieur. Mais dis-donc ! Tu deviens une femme avec des gros nénés et tout ! Quand tu en auras fini avec ton acné et ton appareil dentaire, tu seras belle à croquer.
- Merci. Je suppose que c’était un compliment.
- Jeremy avait hâte de te revoir ! Entre nous, j’espère que tu vas me le déniaiser avant la fin de l’été !
- Voyons Gérard, a gloussé Yola. Ce sont encore des gamins.
- Tu parles ! Les ados, de nos jours, ça trempe leur bistouquette bien avant le lycée.

Les vacances c’est déjà l’horreur, mais avec les Poinsard en prime, je frise le suicide au détergent industriel.


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Mardi 4 mars 2008 2 04 /03 /Mars /2008 10:00
Ma nouvelle Des hamsters et des hommes a été publiée aux éditions Filaplomb !

Chers potos, je suppose que vous n'êtes pas sur mon blog par hasard (à moins d'avoir tapé "grosse cochonne" sur google) : vous aimez mon style endiablé, mon humour irrésistible et mon tempérament de feu, alors précipitez-vous pour acheter ma nouvelle, vous ne serez pas déçus ! (enfin, j'espère...)

Ce qui est bien c'est que si vous la prenez en 8 ou 10 exemplaires, vous saurez quoi offrir toute l'année à vos amis.
Pour Noël, un anniversaire, un dîner ou la St valentin, pas d'idées de cadeaux ? C'est simple : une bouteille de vin et Des Hamsters et des Hommes. Et si votre enfant vous tanne pour avoir un mignon petit hamster : offrez-lui Des hamsters et des hommes et je vous promets qu'il n'aura plus jamais envie d'adopter un rongeur.
En fait, ma nouvelle devrait être déclarée d'utilité publique.

Je tiens à remercier très chaleureusement Gazmouth, Fabien, Deudeu et Rodoudou qui ont lu, relu et re-relu les 128 versions successives. Je remercie aussi feu mes 16 hamsters (dont je vous épargnerai les noms) qui se sont cannibalisés entre eux - les braves bêtes - et qui m'ont donné l'idée de cette histoire.

Pour rire, pleurer et s'interroger sur le destin des hamsters nains albinos souffrant du syndrome de Stockholm,
>> c'est ici, sur le site de Filaplomb <<


Bonne lecture à tous !

NB : Celui qui m'achètera plus de 20 nouvelles aura droit à un bisou avec la langue.
Quoi ? Vous préférez des thunes ?!!! Pfff... Bande de cancrelats cupides ! Vous devriez avoir honte !

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Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 15:23
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Edouard était un robot. Enfin, c’est ce qu’il pensait. Je suis un robot ou pire, un monstre. Le cercueil disparaissait de son champ de vision alors que la petite musique douce du crématorium accompagnait les sanglots de la famille. Mais Edouard ne pleurait pas. Même pas une petite larme, même pas un œil humide, et ça le contrariait. Ma tante est morte et je ne ressens rien.
Il avait déjà connu cette absence d’émotions à plusieurs reprises. La première fois, c’était juste avant le divorce de ses parents. Il était assis dans la cuisine et lisait le journal de Mickey quand sa mère était entrée en criant, suivi de son père qui la menaçait du poing.
Edouard avait fermé les yeux instinctivement et s’était bouché les oreilles, le plus fort possible, pour ne plus entendre les hurlements et les pleurs. Et dans ce bruit et cette fureur, il avait trouvé la clé de la tranquillité, le black-out total de ses sens, la zone de repli de sa conscience. Tuuuuuuuut entendait-il dans son cerveau, comme un léger acouphène.

Depuis, Edouard était un robot. La mort de sa grand-mère : Tuuuut… Le cancer de son père : Tuuuut... L’accident du chien : Tuuuut …
Il n’y avait que devant les reality show à la télé qu’il pleurait. Une vraie madeleine devant la vie des autres.

Et puis, il avait rencontré Camille.
Brune. Yeux verts. 24 ans. Plutôt coquine. J’habite à Tours. Je lis Kundera et j’adore le sexe sur les machines à laver.
Le truc des machines à laver avait émoustillé Edouard. Alors ils avaient fait l’amour à 351 km de distance, par écrans interposés.

Tous les soirs ils se retrouvaient à 20h, sur msn messenger. Edouard connaissait tout de Camille, son histoire, ses lubies, sa tendresse. Il devinait ses rires aigus, ses silences contrariés et sa gêne parfois. Il savait à la seconde près qu’elle allait se connecter. Il savait tout d’elle. Camille était une drogue, douce et légale peut-être, mais une drogue quand même.
Un jour sans Camille, c’était un jour de manque. Il pouvait passer des heures à regarder le vide de son écran.
Alors, le temps des rêves était vite arrivé. Partir tous les deux en Espagne ou peut-être à Rio. Avoir un enfant qu’on appellerait Antoine et une maison au bord de l’eau. Pourtant…

J’ai obtenu ma mutation à Tunis. Je vais enseigner là-bas. Je ne sais pas si j’aurais une connexion internet. En tout cas, c’était sympa notre petit couple virtuel ! Tu vas me manquer.

Edouard avait relu le message trois-cent-quarante-cinq fois. Leur relation finissait comme elle avait commencé, par quelques frappes sur un clavier. De l’autre côté de l’écran, à quelques pixels de ses yeux, Edouard savait que Camille regardait droit devant elle comme dans un miroir et qu’elle attendait peut-être un signe.
Si Edouard n’avait pas été un robot, il aurait répondu au mail. S’il n’avait pas été un robot, il aurait au moins tenté de retenir Camille. S’il avait eu accès à ses émotions, il lui aurait proposé de partir avec elle, à Tunis ou n’importe où.
Le problème, c’est qu’Edouard ne voyait plus rien et n’entendait plus rien à part le léger acouphène qui le coupait du monde. Alors, comme un robot, il a posé ses doigts secs sur son clavier.
Tuuuuuut… Il a fermé les applications. Tuuuuut… Il a supprimé les photos, effacé les conversations. Tuuuuut… Il a formaté sa mémoire. Tuuuuut… Et il a éteint l’écran.

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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 12:28
Dîner aux chandelles et lumière tamisée avec le type le plus beau de l'univers.

- Avant toutes choses, il faut que je te présente Yoko.
- C'est qui Yoko ? Une coloc ? Ton chien ? Ta femme ? Ai-je demandé déjà jalouse.
- Yoko est la plus belle chose qui me soit arrivée depuis longtemps.

Ah bon ? Ce n'est donc pas moi... Et prends-toi ça dans les dents. Ce rendez-vous avait pourtant parfaitement commencé et j'espérais qu'il se finirait à deux dans son lit. Dans cette éventualité, j'avais même laissé tomber mes sous-vêtements en coton pour de la dentelle sexy qui me grattait la peau.

- Voilà Yoko ! Regarde la bête ! Un Bechstein L167. J'ai économisé 5 ans pour pouvoir l'acheter.
- Ah, c'est un piano à queue...
- Il est magnifique, hein ?
- Oui, il est très beau. Surtout la queue... Excuse-moi, c'est le champagne qui me fait dire n'importe quoi.
- Je te ressers un verre ? Installe-toi dans le canapé. Je vais te faire un petit concert privé juste pour toi et tes yeux magnifiques.
- Moi aussi, je joue du piano tu sais. J'en ai fait 5 ans quand j'étais petite. Je connais encore La Lettre à Elise !
- Oui, enfin, moi je suis au stade au dessus. J'ai fait 15 ans de classique, 10 ans de jazz et maintenant je crée mes propres oeuvres. Ce champagne est excellent, tu m'en diras des nouvelles.
T'es bien installée ? Alors ferme les yeux et savoure. J'ai intitulé ce morceau "Tempête sur la caravane".

Tam ---TAMTAMTAM -Timtimtim -TAM TAM TAM TAMMMM...

20 minutes après :
- Alors, qu'est-ce que tu en penses ?
- C'est expérimental... euh intéressant. Mais c'est bien, hein...
- A la fin, c'était de l'impro !
- Ah oui ? J'avais pas fait la différence. C'est quand tu as commencé à jouer à toute vitesse avec ton front ?
- En général, les nanas en soirée sont raides dingues de ce passage. Je te joue autre chose ?
- Voui, pourquoi pas... Mozart ou Chopin, par exemple. Enfin, quelque chose d'audible...
- "Le Vent du désert arrache les dunes de sable" opus III. C'est ma quatrième compo, j'en suis très fier.

Tam TAM Tam- - - - TAMTAMTAM - - - - timtimtim-TAMTAMTAM...

Putain, il est en train de m'achever là. Toute ma libido fout le camp avec la tempête du désert qui arrache les dunes de sable et tout espoir de fornication... Il faut que je passe à l'action avant d'être totalement HS. Gare à tes petites fesses, mon gars, la déesse du sexe est là !
D'abord le décolleté, j'enlève quelques boutons de mon chemisier. Je relève ma jupe, je défais ma queue de cheval. Ca y est, je suis fin prête. Démarche chaloupée et oeil de braise. Je me rapproche de lui, je me colle contre le piano, que je caresse avec sensualité et érotisme.
- Euh, s'il te plaît. Tu pourrais enlever tes doigts de Yoko ? Tu vas laisser des traces de graisse partout et je vais mettre une heure à nettoyer.
- Mes doigts ne sont pas gras !
- Putain, ton verre de champagne !! T'es conne ou quoi ?!! T'as fait une auréole sur le vernis !
- Désolée, je vais nettoyer !
- Il m'a coûté 50 000 € ce piano ! Tu crois que je vais regarder une pétasse le saccager sans rien dire.
- T'es pas très poli... Alors je suppose qu'on ne va pas faire l'amour comme des bêtes sur le piano ?

Hé ben faut croire que non... Faudra plus jamais me parler du sex appeal des musiciens...
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Jeudi 13 septembre 2007 4 13 /09 /Sep /2007 12:16
Elle était brune ou blonde ? Je ne m’en souviens pas.
Non, châtain clair, je crois.
Laura, c’est ça ?
Non, non, Sarah… Tu ne connais  même pas le prénom de ta cousine !
Je ne l’ai pas vue souvent
Mais si, autant que les autres, elle était à toutes les réunions de famille
Je ne m’en rappelle pas…

Je me suis retournée vers eux : « hé, vous ne pourriez pas vous taire, c’est une minute de silence ! Un peu de respect ! »
Ils m’ont regardée, gênés.
J’étais énervée. Et triste. Surtout triste. De toute cette indifférence, de cette messe froide et sans âme, de cet enterrement bâclé.

Elle n’était ni blonde ni brune, mais avait des reflets changeants.
Ses yeux eux, étaient gris, du même gris que Paris. Et son teint transparent.
Son grand frère m’a raconté qu’à sa naissance elle n’avait pas crié. Juste ouvert la bouche, mais rien n’en était sorti. Puis elle avait gardé cette habitude.
Au début, son entourage s’étonnait, attendait d’elle un mot, guettait ses moindres paroles, mais rien ne venait ou pas grand chose. Un murmure, un soupçon de son, quelque chose d’inaudible. Pourtant, Sarah parlait. Elle parlait tout en douceur dans un souffle calme.
Il fallait juste tendre un peu plus l’oreille pour l’écouter.
Mais personne n’avait fait cet effort, si bien qu’on ne lui posait plus de questions.
Alors, pour se trouver une place, elle écoutait les autres. Elle les écoutait se plaindre de son air grave et triste. Elle ne conseillait pas, elle ne jugeait pas. Elle était l’exutoire du monde, l’oreille compatissante. Elle prenait les maux et les gardait en elle.
Je l’ai vu rarement sourire. Je la voyais, hésitante, frôler les murs de son cartable trop lourd, devenir chaque jour encore plus transparente.
En classe, elle levait le doigt pendant des heures sans que personne n’y prête attention. Elle était de ces enfants qui indiffèrent les grands.

La dernière fois que je lui ai parlé, c’était en vacances, à la campagne. Je l’avais invitée pour lui confier mes déboires amoureux.
Elle jouait de la flûte et en passant près de sa chambre, j’avais entendu la plus douce mélodie qui soit. Je m’étais arrêtée, étonnée. Remarquant ma présence et comme prise sur le fait, elle s’était excusée pour le bruit. Le bruit… ce mot m’avait fait sourire venant d’elle.
Puis nous nous sommes promenées sur une colline aux herbes hautes. Le temps était à l’orage.
Je lui ai parlé de moi, encore une fois. De mes chagrins, de mes espoirs, de ces 5 kilos en trop que je n’arrivais pas à perdre. Je l’ai regardée. J’ai regardé sa taille et ses jambes et je l’ai enviée. Je lui ai dit qu’elle avait de la chance et je me souviens, elle m’a sourit.
Je lui ai demandé si ça ne la gênait pas de ne pas avoir connu l’amour. Elle s’est alors redressée, a relevé la tête et ses cheveux ont volé au vent. Elle était blonde, je me rappelle maintenant.
Ses yeux eux, étaient gris, mais du gris des nuages un soir d’orage.
Elle a tendu les bras et a ouvert la bouche, et pour une fois, un son en est sorti, clair et vibrant :
« Regarde, je suis le vent, je suis partout, je suis sortie de ce corps trop étriqué, je suis sortie de ma vie. Je suis le vent, tu sais. Je vole la nuit, je suis libre.
Je vais partout, on ne me voit pas, je voyage dans les têtes, dans la vie des autres. J’aime mais je ne m’attache pas. Mon âme est légère et pure. Mon corps n’existe pas. Je ne suis jamais seule, le ciel est mon amant et la nuit mon amie. »
Elle était belle, et je m’étonnais que personne ne l’ait remarqué.
Le vent soufflait de plus en plus. Sarah l’a accompagné en chantant.
Et sa voix – pourquoi personne n’a jamais écouté cette voix – était pure, tellement pure que j’en ai pleuré.
Le vent est retombé et avec lui le silence.
Sarah a remis ses cheveux en ordre et la rougeur de ses joues s’est estompée. Elle a repris son air grave d’enfant sage un peu gênée. Elle a murmuré quelques paroles qui se sont perdues dans les airs.
«Et cet air de musique ? »
« Il est dans ma tête, le vent me l’a soufflé. »
J’ai voulu en savoir plus mais elle ne m’a pas répondu, elle était déjà ailleurs. Peut être survolait-elle des pays lointains. Peut être était-elle libre et heureuse, à cet instant.

L’année suivante, j’ai changé de lycée. Et c’est vrai, je n’ai pas pensé à la rappeler. D’autres amies à qui je pouvais raconter mes amours et mes 5 kilos en trop, avaient pris sa place.
Puis avec le temps, je l’ai presque oubliée.
Juste un carton pour m’annoncer la fin. Mais cette fin était sa renaissance.
Sarah est partout maintenant, je le sais, le vent me l’a soufflé.
La petite brise d’été et ce murmure à mes oreilles.
Cette mélodie, je la reconnais.

Sarah.
Je souris au ciel en espérant que tu me vois.

le 05/05/02
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Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 22:20
Dans le cycle "je prends du vieux et je le mets en ligne", voici une toute petite nouvelle que j'ai écrite il y a quelques années déjà.

Tous les premiers samedis du mois, une bonne meurt. C’est statistique. Elle peut finir empoisonnée par les enfants qu’elle garde, s’étrangler avec une côte de porc un peu trop ferme ou se faire écraser malencontreusement par un notable en retard à l’opéra.
C’est comme ça, on n’y peut rien.

Margot est la bonne de Mme Lecouperet depuis 7 ans déjà. Le samedi est une source d’angoisse pour elle. Comme un vendredi 13 qui reviendrait tous les mois. A cause de son métier à risque, elle avait pensé changer d’emploi et se recycler en gardienne de phare. Mais comme un demi-gardien de phare meurt chaque trimestre d’une angine mal soignée ou d’une crise de paranoïa schizophrénique, Margot n’a pas franchi le pas, trouvant que ce pourcentage de décès était encore trop élevé, en plus de cela, elle souffrirait probablement de vertige, de solitude et de claustrophobie et puis la télé ne marcherait sûrement pas les soirs de tempêtes.
Non, elle ne serait pas gardienne de phare.

Ce samedi-là, le 1er du mois, Margot s’est levée en faisant bien attention à ne pas trébucher, à ne pas ouvrir le gaz, ni le courrier, on ne sait jamais.
Elle resterait barricadée chez elle jusqu'à minuit. Entre-temps il ne faudrait ni manger, ni dormir,  ni prendre de bain, ni respirer, ah si, respirer serait plutôt utile, mais doucement, très doucement. Rester consciente de chaque bruit, chaque mouvement.

Vers midi quelqu’un a sonné à la porte, alors qu’elle n’attendait personne. Silence…
Et si c’était le facteur, un inspecteur des impôts, ou un assassin – la criminalité a augmenté de 8% cette année-, et si c’était la Mort elle-même.
"C'est moi, Pierrot, est ce que je peux entrer ?"

Pour Pierrot, Margot aurait fait n’importe quoi. Mais frapper à la porte un premier samedi du mois n’était absolument pas raisonnable.
Ils habitaient le même immeuble. Ils se fréquentaient par commodité, ça leur évitait de mettre le nez dehors. Ils auraient bien fait l’amour ensemble pour combler leur solitude, mais c’était trop risqué.
Toutes ces maladies transmissibles, ces préservatifs qui craquent, ces enfants non-voulus…
Et puis, ils étaient tellement différents, Margot petite bonne dans le XVIeme, Pierrot peintre sur porcelaine.
Trop d’aléas, pas assez de certitudes. Ils avaient décidé de se protéger chacun de son coté. Pour se maintenir en vie le plus longtemps possible, pour ne pas souffrir, puisque dans 78% des cas, les histoires d’amour finissent mal, autant ne pas les provoquer.
Alors, ils se retrouvaient pour jouer aux échecs ou pour regarder les étoiles en parlant de feng shui.
La vie d’un peintre sur porcelaine n’est pas bien trépidante, mais c’est ce que Pierrot cherchait.
Le monde dehors, la ville gigantesque, c’était trop pour lui. Les autres lui faisaient peur. Bien à l’abri, il pouvait s’inventer des histoires, des belles histoires d’amour et d’aventures. Il se voyait courageux chevalier volant au secours de sa bien-aimée. Il imaginait Margot le couvrant de baisers.
Mais au bout d’un certain temps, il était arrivé à saturation de rêves et aspirait à un peu plus de concret. La situation devenait grotesque. Il devait passer à l’action.

Il se retrouvait donc devant la porte de Margot ce 1er samedi du mois.
" Margot, Margoton, mon petit lapin, c’est moi "
Elle avait fini par lui ouvrir à contrecœur. Et il l’avait embrassée pour la 1ere fois.
C’était bien, c’était très bien, mais il avait fallu s’arrêter de peur de s’asphyxier. Pas de doute, ils étaient amoureux, ses yeux bruns dans ses yeux bleus, le souffle court, Margot récupérait sa respiration.
- J’ai failli mourir…
- Moi aussi, c’était merveilleux, hein, j’y pense depuis tellement longtemps !
- Non, mais moi, j’ai failli réellement mourir, tu débarques un samedi, et tu m’embrasses sans me prévenir, sans me demander mon autorisation, je ne sais même pas si tu es enrhumé, je peux être aussi allergique à ta salive, il faut faire attention, voyons, tu as failli m’étouffer en plus. Je dois reprendre mon souffle… inspirer… expirer…inspirer…expirer…fffff…
- … Margot ?
-  ffff…. Inspirer…. Expirer… qu’est ce qu’il y a ?
-  Je ne sais pas parler aux filles, je me sens un peu ridicule...
- Inspirer, expirer, mais non, tu ne l’es pas, continue.
- Je… je…  je t'…  j'aimerais qu'on essaye d'aller un peu plus loin. On pourrait se rendre notre quotidien un peu plus doux, notre solitude moins amère.
- Je ne veux pas changer ma vie, cela implique trop de choses. Et puis, aujourd'hui n'est pas un jour pour parler de tout ça. Tu sais, les bonnes meurent le…
- Samedi, le mardi ou même le vendredi, je m’en fous.
- Pas moi !
- On peut essayer de vivre différemment. Ne plus avoir peur de donner ni de recevoir.
- un mariage sur deux se solde en divorce et 63% des hommes trompent leur femme.
- ah, bien sur, j’oubliais… les statistiques…
- Pourquoi ne pas continuer à se voir juste comme ça, c’est moins dangereux, on a trouvé notre équilibre.
- Bien sûr…
- Tu sais, j’ai lu une étude sur les peintres sur porcelaine et…
- Non, c’est bon, je m’en passerai, bonne journée Margot.
- Au revoir, Pierrot .

Elle referma sur lui la porte à double tour.

Bon reprenons, j’inspire, j’expire, j’inspire, j’expire…
Pourquoi les bonnes meurent juste le samedi, d’ailleurs, c’est étrange.
Enfin, ce sont les statistiques… Je ne veux pas réfléchir aujourd’hui, juste me concentrer sur moi-même.
Et il n’arrivera rien. Non, il n’arrivera rien.
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Mardi 13 mars 2007 2 13 /03 /Mars /2007 15:04
Ouhouuuuuuuu…

Par une nuit sans lune, sans croissant et sans pain au chocolat, un mouton vert parce qu'il s'était trop roulé dans l'herbe en désobéissant à sa mère, n'arrivait pas à trouver le sommeil.

Grrrrr…

C'était le canard boiteux du troupeau. C'est vrai qu'il ressemblait à un canard, surtout ses oreilles. Mais pensait-il, je ne suis pas vraiment boiteux, je cours très bien dans la prairie, je vais même plus vite que le chien. Il aurait voulu leur montrer à tous les autres, ces brebis galeuses, tous ceux qui se moquaient de lui à cause de ses oreilles de canard, qu'il était mieux qu’eux, plus fort, et plus courageux.

Croc croc croc

Pas de soleil, pas de lune, pas d’étoiles, boycott général. La nuit attendait ses hôtes, tournait en rond et campait sur ses positions.
Le mouton vert essayait de dormir mais il repensait à sa journée. Il n’avait jamais aimé l’école. “Je ne comprends rien au phénomène de mastication de l’herbe grasse sur l’organisme, ni à la psychologie du berger allemand autoritaire”. Il repensait au sujet de sa dissertation : “l’agneau de Dieu et la chèvre de monsieur Seguin, figures emblématiques de notre époque”. Il avait alors réalisé l’ampleur du vide cosmique de sa pensée.
Lui, il voulait s’amuser. Il était encore trop tôt pour réfléchir aux choses graves.

Miam miam

Son peuple était en guerre, mais ça ne le concernait pas.
Chaque nuit l’ennemi était aux portes de la bergerie. Chaque nuit, à pas de loup, le monstre se glissait entre les siens.
Personne ne bêlait mot. On s’étonnait faussement des disparitions, on parlait de fugues et d’enlèvements extraterrestres, mais il était incongru de parler de loup.
Notre mouton avait quelques idées pour mettre fin à l’amenuisement régulier de sa famille.
Il avait même un plan de défense. Le troupeau devait se regrouper en formant une masse compacte qu'on pourrait de très loin confondre avec un énorme mouton aplati.
Cette ruse très fine portait le nom de code : god bless the innocent victim of tragedy international of mondial theory of elimination of poor brebis, résumable en GBTIOTIOMTOEOPB.
Notre mouton avait même pensé perfectionner ce projet, il comptait peindre ses compagnons en vert pour qu'ils se confondent avec la prairie. Mais occupé à s’amuser, il n’en avait jamais parlé.

Cronch, cronch, cronch

Il était trop tard maintenant, son plan tombait à l’eau et lui tombait de haut.
aïe, aïe, aïe
Le mouton vert virait au rouge.
Le loup sur lui croqua une dernière fois.
Et puis plus rien. Juste la nuit sans lune, sans croissant et sans pain au chocolat.

Ouhouhouuuuuh

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Quel talent !

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Ne ratez surtout pas "la Sulfureuse épopée des bandits Miki & Magda" de Fabien Bertrand et Aude Massot, disponible dans toute bonne librairie !


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